‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 3 sur 217 · X ' INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X ' INTRODUCTION

€ détaché du séjour éternel de la vérité, aplanit les € routes glorieuses du poëte. Voyeaf ces fleurs nou- « velles ; voyess, à l'entrée de ces pages impérissact blés, le rameau suppliant qui vous est présenté, a Les poètes implorent en foule notre divin secours : c conservez, ô Muses, la gloire de la patrie. >

« Apollon dit : et, pressé d^accomplir sa promesse, a il les conduit en Italie. Jupiter le permet; et ces « filles brillantes de la liberté y fixèrent bientôt leurs tf pas, en regrettant le séjour divin de la Grèce.

< Ces vers^ un peu chargés de mythologie, sont un « monument curieux de Tépoque, mais ils ne valent CE pas sans doute les chants populaires de la Grèce a moderne, publiés dans un précieux recueil où tout « est neuf, la découverte et le commentaire *• »

Qui pouvait mieux parler du génie de la Grèce antique et moderne que l'homme éminent qui en possède tous les secrets, et qui représente, avec tant d'éclat, le génie littéraire de la France.

Gomme le siècle même, la littérature du xv* siècle se partage en deux moitiés, et telle fut l'influence de la récente découverte qu'elle constitue nonnieulement une époque, mais une ère; dans la chronologie de Tesprit humain, on devrait ainsi dater les années : « Avant la découverte de l'Imprimerie, ou aprèsK i GraGuM, Histoire littéraire flialiey tom. lit.

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Ainsi que Flmprimerie S la Poudre à canon était trës-anciennement connue des Chinois^. En 1322, au siège de Gaï-Fung, ils se servirent de canons contre les Mongols. Mais comme l'imprimerie, cet agent de destruction était resté à l'état d'enfance. Plus tard, on le retrouve dans les guerres des Arabes en Espagne, chez les Français, en 1338, à Puy- Guillaume et, en 1346, à la déplorable bataille de Grécy, chez les Espagnols, vers 1343. Gherbourg, en 1418, assiégé par les Anglais, lança des boulets de fer rouge pour incendier les baraques du camp. Bientôt Russes, Polonais, Suédois employèrent l'artillerie. Mais ses notables perfectionnements furent contemporains de Louis XI.

Gelui qui le premier mélangea soixante-quinze parties de sel de nitre avec quinze et demie de charbon et neuf et demie de soufre, ne prévoyait certes

ilmmédiatemenl après cette invention , les presses vénitiennes devinrent célèbres dans tout le monde savant, et quoique d'autres nations aient ensuite perfectionné cet art, la librairie.de Venise continua à faire des envois considérables à Gênes, dans toute la Lombardie, dans la Romagne, dans la Toscane. On citait, à Bassano, une inipriffierie, celle de Remondini, qui occupait jusqu'à dix-huit cents ouvriers.

(Daro, Histoire de la République de Venise, tom. III.)

s De temps immémorial, les arts céramiques aussi étaient cultif es en Chine ; déjà, 2,698 ans environ avant notre ère , on y fabriquait des poteries , et la porcelaine y fut inventée entre les années 185 ayant et87 après J.-C.

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pas que cette combinaison changerait les conditions de la guerre, soustrairait le courage au despotisme de la force physique, relèverait, en Occident, Tautorité royale, abriterait la civilisation contre la barbarie, et forcerait les barbares eux-mêmes à se policer*.

Alors aussi, comme si Theure des rapprochements entre tous les membres de la famille humaine avait sonné, un autre grand secret fut révélé. Cette propriété qu'a l'Aimant d'attirer le fer, n'était point ignorée des anciens. L'aiguille magnétique est mentionnée dans les plus vieilles annales de la Chine. Mais de ce fait, nulle déduction féconde n'était encore sortie. Ce n'est qu'après le xii* siècle qu'apparaît la Boussole, sans que son inventeur soit positivement connu. Dans le xiv% son usage se répandit; au xv% il devint général.

La Boussole exerça sur la navigation autant d'influence que l'artillerie sur la guerre. Grâce à une frêle machine, à quelques lignes d'aimant, plus de plages inaccessibles, plus de régions inconnues. Les côtes, guides autrefois et écueils du marin, dès lors il les évita. L'industrie put suivre sur les flots, avec sécurité, des voies certaines. Productions^ échanges, richesses se multiplièrent.

» César Cantu, Histoire Universelle, lom. XIK

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L'Astronomie était devenue une science commerclaie. La Physique dirigea la construction des vaisseaux; efforts du vent, résistance de Teau, effets de ces deux forces agissant en sens contraire, tout fut calculé : la science fournit tout à ses lois. Pour soutenir les terribles atteintes du canon, les vaisseaux devinrent des citadelles flottantes transportant au loin des colonies entières. Alors il fallut chercher» au fond des forêts les plus septentrionales, des bois propres à la construction de ces énormes édifices. Les peuples de la Norvège et de la mer Blanche virent , avec surprise , ces apparitions multipliées dont ils ne comprenaient pas encore la cause; et Tarbre à l'aide duquel l'Européen devait doubler le cap de Bonne-Espérance , ou passer le détroit de Magellan» tomba sous la hache des bûcherons d'Ârkhangel^*

Alors, à l'une des extrémités de l'Europe, sur un immense territoire, derrière leurs remparts de frimas, d'innombrables populations, à peine entrevues» se dégageaient de leurs sauvages entraves, comme l'aiglon de son enveloppe; et, soit par des luttes intérieures, soit par des luttes contre l'étranger, soit grâce aux guerres intestines des Mongols et des

» Fbkband, Esprit de I^Bi$toire.

xiv INTRODUCTION.

Tatars, soit sous le contre^coup des conquêtes de Timur, elles accomplissaient ainsi, mystérieusement, sans s'en rendre compte elles-mêmes, leur avènement à une vie nationale. C'était rébullition de l'airain, attendant , au sein de l'ardente fournaise, la main du génie qui en fera son œuvre. Ainsi, vers la fin du siècle, affranchie, par son grand Iwan, du joug tatar , la Russie se préparera , de jour en jour, à l'avènement de son glorieux organisateur. Deux siècles ne se seront pas écoulés , qu'appuyée i la Baltique, à la mer Caspienne, à la mer Noire , elle entrera fièrement , à travers la Suède ébranlée et la Pologne affaiblie, dans la politique générale de l'Europe.

Certes, les plus actives imaginations ne prévoyaient pas alors qu'un prince russe fonderait dans des ma-^ rais, sur la Newa, au fond du golfe de Finlande, une nouvelle capitale , où des diverses parties du globe arriveraient, tous les ans, as nombreux vaisseaux, et que, parties de là, de puissantes légions viendraient faire des rois en Pologne, secourir l'Empire d'Allema* gne contre la France, démembrer la Suède, prendre deux fois la Crimée, triompher de toutes les forces de l'Empire Ottoman, envoyer des flottes victorieuses aux Dardanelles, et, un jour, inquiéter à ce point l'Europe, que^ pour maintenir l'équilibre général.

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oubliant les vieilles animosités, la France et l'Angleterre uniraient reffort de leurs armes combinées.

En ce temps, TEurope comptait peu de souverains véritablement absolus. Avant Charles-Quint, lesem-» pereurs n'osaient guère prétendre au despotisme. Les couronnes de Hongrie et de Bohême étaient encore électives , ainsi que celles du Nord ; or l'élection suppose nécessairement un contrat entre le roi et la nation. Quant aux monarques anglais, ils ne pouvaient ni faire des lois, ni en abuser sans le concours du Parlement. En Caslille, Isabelle avait respecté les privilèges des Cortès. Ferdinand le Catholique n'avait pu, dans TAragon, détruire Tautori té du Justicier qui se croyait en droit de juger les rois. La France seule, depuis Louis XI, s'était transformée en État purement monarchique; gouvernement heureux lorsqu'un roi tel que Louis XII répare, par son amour pour son peuple, toutes les fautes commises avec les étrangers, mais le pire de tous sous un prince faible ou méchant*. Depuis, la puissance féodale ne s'y est jamais relevée ; en Angleterre , elle reculait devant un gouvernement mixte; sous une autre forme, elle existait en Pologne ; mais sa vraie place d'armes, c'était l'Allemagne.

C'est au tnilieu de ce siècle, qu'après une lente

* Volt., Essai sur lês Mc^rs, tom. III.

xvj INTRODUCTION.

agonie , noyé dans son propre sang, l'Empire Grec s'écroula ; c'est vers ses dernières années, en 1484» que naquit Luther; c'est durant tout son cours que la Maison d'Autriche travailla, avec une persévérance infatigable, à l'incessante élévation de ce trône sur lequel l'heureux rival de François P', Charles-Quint, allait bientôt s'asseoir, tenant d'une main un faisceau de sceptres , de l'autre les clefs d'or du Nouveau Monde, comme pour annoncer à tous la monarchie universelle.

Alors aussi, par l'abaissement des grands sous la main de fer de Louis XI*, la France arrivait à cette puissante unité qui bientôt devait la rendre si re* doutable à l'Europe entière ; et son fils Charles VIII, au lieu de la couronne de Naples brillamment conquise , rapidement perdue , rapportait dans son royaume les germes d'une civilisation que les derniers représentants de la féodalité aux abois devaient bientôt subir.

Longtemps déchirée par les guerres civiles de la Rose blanche et de la Rose Rouge , l'Angleterre commençait à peine à respirer sous son roi Henri VU qui, à l'exemple de Louis XI, pour abaisser les barons, favorisait le peuple.

Au milieu d'un monde où la barbarie tenait encore

* Voir Notes et Pièces justificatives (I), p. i*M,

, INTRODUCTION. xvij

tant de place, l'Italie conservait l'éclat de son antique civilisation : la dominante Venise, avec ses somptueux palais de marbre, son gigantesque arsenal» ses vastes ports d'où sortaient, chaque année, des milliers de vaisseaux ^ et ses provéditeurs parlant en maîtres' dans presque tous les ports, du fond de TÂdriatique à l'extrémité de la mer Noire ^ Florence et ses Médicis; Florence, sous ces maîtres habiles, se croyant toujours une république , et cette illustre dynastie de princes citoyens, de commerçants lettrés, recevant, par les mêmes vaisseaux, les tissus d'Alexandrie avec les manuscrits de la Grèce, accordant aux prières du savant Marsilio Ficino une Académie Platonicienne, et faisant élever par Brunelleschi cette coupole de Sainte-Marie, en face de laquelle Michel-Ange voulait son tombeau '. Milan, Modène, Ferrare, Mantoue, Urbin, Bologne, douces patries des arts, des sciences et des lettres ; la Lombardie montrant les merveilles de son admirable agriculture, ses champs beaux comme des jardins, et ses

* Voir Notes et Pièces justificatives (II), p. 422.

' Mais ce gouvernement si énergique , si stable , si uniforme, avait en lui-même un vice radical : il y manquait un contre-poids à la puissance patricienne , et un encouragement aux plébéiens. Le mérite ne put jamais, dans Venise, élever, comme dans Tancienne Rome, un simple citoyen aux suprêmes honneurs. ' MicHELET, Précis de V Histoire Moderm*

triij INÎRODUCTION.

paysdns plus heureux que les bourgeois au delà des Alpes ; Naples^ grâce à Télégant atticisme de Tesprit national, charmaut son conquérant espagnol, et le domptant à son tour par les délices d'un ciel enchanteur; dans le même temps, le commerce, auquel personne ne dédaignait de se livrer, enrichissant les villes, et cette terre de supériorité intellectuelle devenue aussi Fentrepôt du monde entier ; à chaque pas, sur un sol privilégié , des foyers de lumière ; partout, entre les princes et les cités , une magnifique émulation d'encouragements, de protectorats littéraires; partout la politique confiant ses plus éminentes dignités aux doctes représentants des connaissances humaines, aux savants , aux mélodieux interprètes du génie antique , tandis qu'ailleurs, savoir lire était, à la même époque, une sorte de dérogeance ; à côté des poètes, des artistes, des savants, des hommes d'État, les hommes de guerre, les Sforza, les Braccio de Montone, les Piccinino, les Halatesta ; enfin , au sommet de tant de gloires, la Ville Éternelle alliant à la majestueuse grandeur des souvenirs , aux augustes pompes de la religion, toutes les splendeurs d'une sainte et impérissable souveraineté , le prestige des arts et le pa-

* Voir Notes et Pièces justificatives (IH), p. 423.

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tronage du génie*; certes, c'était là encore, entre ces deux pôles lumineux, Pétrarque et Dante, un magnifique spectacle.

Si le XIV* siècle, en Italie, avait été riche en grands talents, le siècle suivant n'offrit pas, il est vrai, les mêmes phénomènes; mais^ grâce à de puissantes découvertes, Tesprit humain y fit des pas immenses ; il s'éleva à une hauteur d'où il pouvait s'élancer dans des espaces presque illimités, sans pouvoir jamais rétrograder.

Mais déjà s'annonçait la décadence politique ; et plus cette noble Italie sentait ses vieilles, ses orageuses libertés lui échapper, plus son indépendance nationale était menacée, et plus aussi elle demandait aux prestiges de l'imagination, aux souvenirs du passé, aux rêves de l'avenir, de consolantes illusions. L'agitation vivait encore chez les princes ; mais désintéressés dans ces luttes qui ne leur profitaient pas, les peuples ne s'en émouvaient plus.

Trois grands dangers extérieurs menaçaient l'indépendance italienne : la conquête française, la conquête espagnole et la conquête turke, de toutes la plus redoutable, car, avec de tels ennemis, il s'agissait du sort même de la chrétienté. Or, à cette époque, le sceptre des Sulthans, c'est-à-dire leur glaive, ne se

XX INTRODUCTIOIJ.

rouillait pas inactif entre des mainsi Jébiles. Baiezid V, Baïezid 11, Murad 11, avaient rallumé la ferveur guerrière des plus beaux tenops de l'islamisme ; et leur terrible successeur, Muhammed II, allait apparaître.

Si, à la place de tant de petits fractionnements territoriaux, deux ou trois grands États italiens s'étaient comme identifiés par une puissante fédération offensive et défensive, la concentration des forces aurait pu tout sauver.

Leur division a été l'inévitable résultat de causes multiples et permanentes. Peut-être la guerre, ce terrible expédient , peut-être une force conquérante eussent-elles donné à la Péninsule Tunité qui fut imposée à la France , à l'Angleterre, à l'Espagne.

Cette unité idéale n'eût été possible qu'en passant par le despotisme, lequel aurait aboli la diversité de coutumes, d'usages, de privilèges, et abattu les sommités, pour appesantir sur tous le rude niveau de l'obéissance. Mais les peuples souffrent, ils s'indignent de la servitude qui ne fait que rendre plus évidents à leurs yeux les avantages de la liberté : rnorlunt periculosam liberlatem quàm iulum serviiiumK

* Tacite, Vie d'Agricola,

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Le moment vient où, à Tégalité devant un maître, se substitue l'égalité devant la loi.

D'ailleurs, nuls motifs sérieux ne portaient les divers États italiens à l'immolation de leur individualité, puisque à leurs yeux la division subsistante n'entraînait point de périls pour l'indépendance de la patrie ; périls qui, du reste, n'apparurent que sous Charles- Quint. La conquête seule eût donc pu réduire le pays à l'obéissance ; mais certes elle se fût abattue comme un fléau sur la génération qui l'aurait subie; peut-être même aurait-elle éteint cette vie nationale si puissante à travers la désunion même ^

L'Italie eût d'autant plus souffert, que toute cité se trouvait subdivisée en une foule de confréries et de corporations, chacune avec ses privilèges et une quasi-souveraineté; à tel point, que si Florence assujetissait Pise, et Venise Padoue , les industries de la laine et de la soie, dans les villes vaincues, se trouvaient sacrifiées aux intérêts, à la jalousie de ceux^ qui s'y livraient dans la cité victorieuse *.

Il en était de même pour tout le reste. Présent, avenir, tout donc était menacé.

Ce fut alors, en présence de tant d'éléments de

1 Machiavel lui-même dit qae le nombre des grands hommes dépend du nombre des États ; à mesure que ceux-ci sont anéantis, les autres diminuent avec Toccasion d'exercer leur capacité.

» Césab Canto, Histoire Universelle, lom. XIV

xxij INTRODUCTION.

prévisions sinistres» que retentirent dans Florence les prophétiques accents du dominicain Savonarola, annonçant à ritalie les châtiments de Babylone et de Ninive : « 0 Italie, ô Rome,* dit le Seigneur, tje Tais c TOUS livrer aux mains d'un peuple qui vous effacera c d'entre les peuples. Les barbares vont venir, affamés € comme des lions. ... Et la mortalité sera si grande, « que les fossoyeurs iront par les rues, criant : Qui c a des morts? Et alors Tun apportera son père» et « l'autre son fils.... 0 Rome, je te le répète, fais € pénitence; faites pénitence, ô Venise, ô Milan ! » Mais tandis que le flot turk, de plus en plus redoutable, montait toujours. Dieu tenait en réserve, à l'ombre même du Croissant, sous l'étendard du Prophète, un défenseur de l'indépendance européenne, un vengeur de la Foi. Là grandissait en silence ce futur Soldat de Jésus-Christ y ainsi qu'il s'appellera lui-même, dont toute la vie ne sera qu'un combat de tous les jours, et comme une victoire perpétuelle de la Croix; qui, durant vingt-quatre années, dans un coin obscur de l'Europe, à la tête de quelques milliers d'Albanais, taillera en pièces les meilleures troupes ottomanes, battra des Sulthans ailleurs invincibles, et, jusqu'à sa dernière heure, tiendra en échec le farouche conquérant de Constantinople.

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Cet homme providentiel, c'est Georges Côrtriota*, si connu sous le nom de Scândert)eg, Iskender-Bei, seigneur, prince Alexandre. Ce nom, ce titre, pourrait-on dire, il le dut à ses aptitudes guerrières, à soii héroïque vocation, à son origine d'Ëpire, patrie des vaillantes légions avec lesquelles l'immortel Macédonien conquit l'Asie .

Avant d'exposer les scènes diverses du drame, jetons un coup d'œil sur le théâtre même oh il s'est accompli.

Dès le temps du roi Gentius et de la domination romaine, l'Albanie était divisée en Septentrionale et Méridionale; plus tard, celle-ci a formé l'Ëpire; l'autre portion est devenue, sous Justinien I*', la Prévalitaine. Les anciennes colonies grecques de Dyrrachium et d'Apollonia^ et en général plusieurs points du littoral, avaient une civilisation particulière, tandis que les Schkypes étaient refoulés dans les montagnes où ils ont maintenu leur nationalité individuelle, comme les Basques dans les Pyrénées. Aussi ont-ils bien moins souffert des irruptions des barbares que leurs voisins des plaines et des contrées

* Sir William Temple signale sept chefs qui^ cads la porter, mérn tèrent la couronne : Bélisaire, Narsès, Gonzalve de Cordoue, Guilliiime I«r, prince d*Orange, Alexandre, duc de Parme, Jean Hunyade, ei Georges Castriota ( Scanderbeg ). — Eêsai 9ur lei Vertu» hérotques (tome 111 de ses Œuvres),

xxiv INTkODUCTlON.

maritimes. Néanmoins, après l'invasion d'Alaric, beaucoup de Goths se mêlèrent à la population indi-gène ; de là peut-être les mots suédois de la langue usuelle, tandis que Romains et Grecs leur avaient légué beaucoup de leurs propres locutions. Quant aux mots slaves, ce sont des emprunts faits lors de Toccupation du Monténégro, du pays de Zenta, de Scutari, d'Antivari par les Serbes, de 640 à 1360.

Durant la domination bulgare en Turkie, c'està-dire de 800 à 1017, les seules villes maritimes, Dyrrachium en particulier, purent rester grecques ou changèrent souvent de maîtres. Ce n'est que vers 1073 que les aborigènes reprirent de Tinfluence; alors les Normands, sous Robert Guiscard, duc de Galabre, renouèrent les liens de domination entre l'Italie et l'Albanie.

En interrogeant les annales de l'histoire, on retrouve invariablement l'Albanie morcelée en divers États ou ces divisions d'Épire et de Prévalitaine. L'Albanie Septentrionale grandissait-elle en puissance? l'Épire faiblissait, parce que la moyenne Albanie était tombée en partage au chef de la Prévalitaine. Lorsque l'Épire était gouvernée par un prince puissant, un tout autre résultat avait lieu; car si l'Albanie Septentrionale a encore conservé son chef particulier, néanmoins l'influence rivale a

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diminué son autorité. Ainsi» vers 640 les Serbes occupèrent une grande partie de la Prévalitaine sans pénétrer en Épire. Si, vers 861, les Bulgares possédèrent la plus grande partie de la nouvelle Ëpire, Durazzo et une portion considérable de la Haute Albanie ne leur échurent pas en partage; ils ne devinrent maîtres de Durazzo qu'après 976, sous leur roi Samuel. Enfin, au xi' siècle, l'empereur byzantin reprit l'Êpire ; et les Schkypetars ne firent leur première apparition que sous Nicéphore Bryennius, duc de Durazzo, qui attaqua avec eux les Slaves de Dioclea et de Dalmalie, guerre très-populaire chez les Albabanais, vu leur peu de sympathie pour ces derniers.

Bientôt les Normands, établis dans l'Italie Inférieure, aspirèrent à posséder la nouvelle Ëpire. En 1031, Robert Guiscard s'empara de Durazzo. De là, son fils Boemond, après avoir conquis Janina et Ochrida , pénétra même jusqu'à Servia et Veria en Macédoine. Mais l'intrépide aventurier étant retourné en Italie, l'empereur byzantin reprit Durazzo.

Revenu en 1107, Boemond battit les troupes d'Alexis; deux ans plus tard, ayant accepté la paix, il alla mourir en Italie.

Ces expéditions ressuscitèrent en quelque sorte l'antique et longue domination romaine dans ces

jtltvi INTRODUCTION.

contrées; et» plus que les Vénitiens, elles cimentèrent la fidélité des Giiëgues envers l'Église Romaine. Déjà en effet, vers 1250, l'évéque d'Albanie s'était séparé de l'Église d'Orient.

D'un autre côté, on voit que l'Albanie d'alors était surtout le pays actuel des Mirdites, des Dukagines^ les environs d'Ëlbassan et une partie des montagnes de la moyenne Albanie.

Après l'occupation de Constantinople par les La-* tins» en 1204, et au milieu de la dissolution de l'Empire Grec , un Comnène devint despote d'Al-* banb ; c'était le fils du sevastokrate Jean , frèrt utérin des empereurs Isaac II et Alexis lY* Eq« voyé en Asie pour lever des impôts, il se révolta, et fit la guerre à l'Empereur, avec l'aide du sulthan d'Iconium. Après l'expulsion d'Alexis^ il retourna en Europe, et s'empara sans peine de TÉtolie et de l'Êpire^ ancienne et nouvelloi ainsi que de JaninSi, d'Arta, de Lépante. Ennemi opiniâtre des Francs Byzantinsi et assassiné en 1305, il eut pour succès-' seur son frère Théodore^ tandis que son fils naturel Micbeli encore fort jeune, n'obtint qu'une très-faible portion de ses Ëtats. Tbéodore conquit la Tbessa* lie, Ochrida et le bassin de Bitoglia ou Prilip, ainsi que Durazzo. Vainqueur, dans plusieurs guerres, d'Asan, roi bulgare^ Michel» son neveu et succès^

INTRODyCTïON. XXTÎj

seur, fut maître de toute l'Albanie Méridiofiale. Mats, à sa morty en 1276, il ne laissa à son fils aine, Nice-phore Angel, que la vieille Épire et TAcarnanie, avec les Iles Ioniennes ; tandis que le sevastokrate Jean Angel obtint la Thessalid et ses annexes eu Locride.

Pendant que TËpire avait ainsi ses chefs, Durazzo dépendait d'un prince de Tarente, nommé Philippe, en même temps duc d'Athènes ^ et ensuite avec les Serbes. Mais, vers 1373, son arriëre-neveu Louis, prince de Navarre, perdit cette ville^ et Durazzo fut vendue 6000 ducats à Georges Balza, oomtd de Zenla.

En 1337, on voit encore, comme despote d'Ëpire et d'Ëtolie, un Jean II (Ducas), de la famille des comtes de Céphalonie et de Zante. Mais ce prince n'aviMt laissé, en mourant, que Son fils Nicéphore, âgé de douze ans t l'empereur Andronic, avec l'aide des TurksSeldjoukides, s'empara de son pays< Nicéphore s' étant révolté, Gantacuzène le soumit de nouveau en 1340 ; dès lors il ne fut plus qu'un panhypêrsê*i)asM de l'Ëmperèur.

A cette époque, plusieurs seigneurs albanais étaient déjà devenus assez puissants pour que Gantacuzène leur confiât des gouvernements. Ainsi, Guini, de Spalato , obtint les environs de Janina ^ et

xxrïi} INTRODUCTION.

Musaki-Topia le district d'Arta. En 1346^ le tzar serbe Etienne VIII Douschan après avoir soumis toute l'Albanie , ajouta cette souveraineté à ses titres. Janina et le Pinde eurent pour gouverneur Prialoupas 9 avec le pompeux titre de César. Siméon ou Siniscian , frère du roi Etienne de Servie , fut mis à la tête du despotat albanais. Mais , à la mort d'Etienne, en 1356, il se trouva impliqué dans une guerre de sifccession avec Ouroch V, son neveu» et Tex-despote Nicéphore recouvra les États paternels.

Nicéphore ayant péri dans un combat sur les bords de rAchéloiJs, Siméon confia à Thomé, sa femme, le gouvernement de TËtolie, d'Arta et de Janina. Mais ce n'était pas une souveraineté féminine qui convenait à un pays toujours harcelé par les Albanais, auxquels on avait cédé Angelo-Gastron^ et plusieurs villes voisines de rAchéloiis. Bientôt Siméon, exauçant la prière des Épirotes, leur donna le despote Thomas. Or, celui-ci assujettit les Grecs aux plus dures vexations : ainsi, en 1367, il expulsa le métropolitain Sébastien ainsi que les principaux habitants de Janina, et contraignit ensuite les jeunes filles des meilleures familles à épouser des Serbes; un régime de tortures et de bastonnades fut organisé.

Pendant trois années, à diverses reprises, les Albanais, sous Pierre Leosa, bloquèrent Janina. Mais le

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mariage d'Irëne, fille de Thomas, et de leur chef, suspendit les hostilités. Agresseurs de nouveau, avec les Malacassites, en 1379^ ils furent battus par Thomas; une sanglante mêlée eut lieu sur le lac.

C'est au printemps de 1380 que, pour la première fois, les Turks passèrent le Pinde. Thomas les repoussa. L'année suivante, voulant s'assurer l'assistance du Pape , il abjura publiquement, et bannit le métropolitain Matthieu. Mais, le 23 décembre 1383, ses capitaines des gardes l'assassinèrent. Avec l'odieux satrape finit le gouvernement serbe en Êpire.

Transportés de joie, les habitants de Janina mirent spontanément à leur tète Isaos, alors gouverneur de Géphalonie, qui s'empressa de rendre au peupjle ses anciennes libertés. Battu en avril 1399 par les Albanais, fait prisonnier, et racheté moyennant une rançon de dix mille sequins d'or de Venise, il rentra à Janina, oii les bénédictions populaires accueillirent ce retour désiré. On ignore la fin d'Isaos.

Cependant les Musulmans devenaient de plus en plus redoutables : reprenant les desseins de ses ancêtres contre la Grèce, le neuvième monarque de la dynastie ottomane, Murad II menaçait, en 1431, l'Épire, — Intimidée , la population se soumit ; le 9 août 1431, Janina reçut garnison turke.

Dans l'Albanie Septentrionale; Douschan venait à

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