LIVRE I
Voisine de Croïa, c'était à elle de succomber la première.
D'unanimes applaudissements accueillirent ces pa-* rôles, et l'assemblée entière résolut de chasser sur-lechamp les Turks des places qu'ils occupaient encore. L'entreprise était difficile, car une neige épaisse couvrait la terre; toutes les eaiix étaient gelées. Quoique ce théâtre de l'insurrection épirote soit situé à peu près sous le parallèle de Rome, entre le 4â* et le 43'' degré de latitude, les hautes montagnes dont il est hérissé le rendent aussi froid que la Suisse ^ Mais quels obstacles peuvent arrêter un peuple résolu à briser ses fers?
Avec les troupes auxiliaires réunies aux siennes, Scanderbeg eut dès lors sous ses ordres huit mille cavaliers et sept mille fantassins.
Quant à ses revenus, grâce aux subsides volontaires, ils s'élevèrent à plus de deux cent mille ducats, sans compter les produits considérables des mines de sel de Campupescuci situées, au-dessus de Durazzo, sur le bord de la mer, entre le mont Sélita et Saint-Nicolas, cette ancienne Pétra, ou César assiégea les sénateurs romains*.
Suivi de trois mille cavaliers, Hamza court investir Pétralba.
1 Sismondi , Histoire des républiques italiennes du moyen dgeg tom. VIT, 4e édit. Brux., mdcccxxvi.
2 « Ex ahera sanclum Nicolaum à Petra nolissima telliis vel infa- « mis polins Senalûs oliin rcmani obsidicnc. » Barletiis, liùlcr'.a de vitd et gestiSy clc.
34 HISTOIRE DE SCANDEKBEG.
Scanderbeg le suit de près. Un de ses affidés, homme adroit et rusé, qu'il avait ramené de ses campagnes en Hongrie, s'introduit dansla place, comme de son propre mouvement, parvient jusqu'au gouverneur, lui fait entendre que Murad, uniquement occupé de sa récente défaite en Hongrie, et de sa lutte contre plusieurs princes chrétiens, ne songera guère à secourir l'Albanie. Il ajoute que le terrible Scanderbeg est là tout prêt à le combler lui et les siens de largesses, ou à les exterminer sans pitié : a Choisis donc, ajoute l'émissaire; « d'affreux supplices et une mort certaine, ou la vie « avec d'abondantes largesses. Si tu es assez sage pour (( embrasser ce dernier parti, j'ai quelque crédit auprès a de Scanderbeg, et, sois en sûr, ta capitulation est asc( surée. »
Il paraît que ce gouverneur était peu jaloux d'augmenter le nombre des martyrs du devoir; consultée par lui, la garnison ne se montra pas moins accommodante. Bientôt tout fut conclu, sous la foi du serment, et les Turks se retirèrent avec armes et bagages. Pour les préserver de tout mauvais traitement, Hamza, avec quelques cavaliers, les escorta jusqu'aux frontières de l'Epire.
Quoiqu'on ne fût pas encore au cœur de l'hiver, le froid était devenu extrême : la neige aveuglait les soldats, un vent glacial du nord roidissait leurs membres; les corps semblaient pétrifiés. Néanmoins, nul, hormis la nouvelle garnison, ne put entrer dans Pétrella :