LIVRE I
soumis, lui-même^ à sa propre défense, Scanderbeg donnait l'exemple à tous.
Telle était son énergie morale et physique que, depuis sa rentrée en Epire jusqu'à l'entière expulsion des Turks, il ne dormit jamais plus de deux heures par nuit. D'un appétit égal à celui du fameux Papirius Cursor qui, l'an 319 avant J. C, effaça la honte des Fourches Caudines, il buvait en proportion , sans jamais manquer de tempérance et supportait de même la privation de nourriture : tout en lui était athlétique. Son adresse à faire voler une tête sous le tranchant de son large cimeterre était proverbiale : souvent on le vit, d'un seul coup, fendre en deux un ennemi.
Sous un tel chef, quel soldat eût osé se plaindre d'un danger ou d'une fatigue? Bientôt Pétrella, et aussitôt après Pétralba , furent au pouvoir des assiégeants.
De là on marcha sur Stellusio, petite place fortifiée, comme à plaisir, par la nature, et dominant une fertile vallée à vingt-cinq mille de Pétralba, quarante de Pétrella , cinquante environ de Croïa. L'armée n'étant arrivée sous les murs qu au coucher du soleil , toute tentative fut remise au lendemain.
Dès la pointe du jour, Scanderbeg envoya des parlementaires; mais il ne reçut qu'une vague réponse, car la plus vive mésintelligence divisait la garnison ; plusieurs officiers demandaient une reddition immédiate,- d'autres, et parmi eux le gouverneur nomméDesdrota, voulaient se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Au reste cette
3o HISTOIRE DE SCAxNDERLEG.
lutte intérieure dura peu ; les premiers, plus nombreux, saisirent le gouverneur ainsi que ses partisans , et les traînèrent garrottés au camp chrétien. Scanderbeg ayant reçu la place aux mêmes conditions que les autres villes, retint prisonniers Desdrota et les siens. Quant aux traîtres quf les avaient livrés, toute retraite chez les Turks leur devenait Impossible : on leur permit de s'établir à Stellusio^ , en les exhortant à embrasser le christianisme; plusieurs d'entre eux y consentirent.
Restait, dans la Haute-Dibro, une dernière place, de toutes la plus forte, la plus importante, Sfétigrad, en langue sclavone. Cité sainte, assise, comme un nid d'aigle, sur la cime d'une montagne. Dans ces repaires d'oiseaux de proie les mœurs de telles époques étaient à l6Mr vraie place.
San^ s'arrêter, Scanderbeg courut à Sfétigrad, et somma la garnison de se rendre, en l'informant du sort des guerriers de Stellusio, dont les uns avaient été comblés de faveurs, dont les autres allaient subir la peine de leur folle obstination. Pour ajouter à TefiTet du message, il fit amener, en vue de la ville, Desdrota avec les autres prisonniers enchaînés. L'alternative embarrassa beaucoup le gouverneur, partagé entre la honte d'une reddition sans combat et la crainte du supplice. Ne sachant à quelle réponse s'arrêter, il promenait, sur ses officiers, comme pour les interroger, des regards irré-
t StcUusium , dans la Basse-Dibre, Stallasi , selon Ponqucville; probablement l'ancienne Œnea.