LIVRE I
solus. Un d'entre eux prit soudain la parole^ réveilla dans les cœurs le sentiment du devoir, entraîna le Conseil à sa vaillante résolution j tous jurèrent de vaincre ou de mourir. Heureux de cette unanimité, le gouverneur renvoya le parlementaire et pourvut aux soins de la défense. Tous les chrétiens, avec quelques anciens habitants suspects de sympathie pour rAlbanais, furent relégués dans les faubourgs.
Au retour de son envoyé, Scanderbeg traitant de vaine jactance le discours de l'officier turk : « Pour peu « qu'il agisse comme il parle, » dit-il en riant, « voilà « un brave! Mais, s'il plaît à Dieu, nous l'enverrons, « bienheureux aussi lui-même, là où sont déjà les bien- (( heureuses âmes des Stellusiens! »
Puis, les prisonniers ayant été amenés en m présence, il leur fit présenter un crucifix; tous ceux qui ne l'adorèrent pas furent aussitôt mis à mort : Desdrota était du nombre.
Loin d'intimider les défenseurs de Sfétigrad, cette barbarie ne fit qu'irriter leur courage.
On délibéra ensuite sur le plan d'attaque. Les avis furent partagés : selon les uns, il ne fallait rien entreprendre en ce moment, car la montagne, hérissée de glace et de neiges, était devenue inaccessible, et le retour du printemps pouvait seul permettre quelque utile tentative ; d'autres voulaient qu'avec une troupe d'élite, de l'artillerie, des échelles et toutes les machines d'un
assaut, on usât immédiatement d'obstination contre ces
obstinés. « Pour agir, » disaient-ils, « devons-nous , c< comme les petits oiseaux, attendre la douce chaleur « du printemps? Sans donner à Murad le temps de « secourir la place, marchons ! »
Entre ces deux partis, Mosès proposa un moyen terme, c'était, sans assaut ni retraite, de bloquer Sfétigrad et d'en rendre l'entrée ou la sortie impossible. Ce plan, le plus judicieux en effet, prévalut, et son auteur fut chargé de Teiécuter avec trois mille chevaux.
Quant au reste de Tarmée, malgré les instances de plusieurs chefs qui voulaient profiter de l'ardeur des troupes pour faire une irruption sur le territoire turk et enlever quelques places, Scanderbeg le ramena à Croïa ; après avoir pourvu au siège de Sfétigrad, il sentait le besoin de concentrer toutes ses forces, pour repousser la probable invasion de l'Albanie par les Turks.
Un mois avait suffi à l'affranchissement de la patrid. Pressé d'acquitter envers Dieu l'éclatant tribut de sa reconnaissance, Scanderbeg ordonna de célébrer, avec pompe, la fètede Noël. Après tant d'années d'oppression, la religion chrétienne put enfin se parer de joies triom^ phales. En cette auguste solennité, Hamza et nombre de Turks venus avec lui de Hongrie, ou établis à Croïa, abjurèrent solennellement le mahométisme et reçurent l'eau sainte du baptême, le jour même où Hunyade, oprès la bataille de Slanitza, pénétrait dans la Thessalie, par les défilés de l'Hémus,