‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 25 sur 217 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Hunyade, que l'absence ou la maladie des autres chefs laissait presque seul, en ce moment, à la tête des affaires, accepta ces propositions. Un traité fut signé.

Murad en témoigna d'abord une vive joie; mais éclairé bientôt sur la véritable situation de Tarmée chrétienne, il vit combien peu eût coûté une victoire décisive avec des ennemis décimés par des maux de toute espèce; et, se rappelant qu'une vaine préoccupation lui avait arraché cette fatale signature, le Sulthan ne put retenir une larme.

L'espoir de châtier promptement Scanderbeg pouvait seul adoucir ses regrets. Néanmoins, comme la Hongrie ne voulait déposer les armes qu'après le rétablissement du despote dans ses Etats, et que, d'ailleurs» l'hiver était fort rigoureux, l'expédition d'Epire fut différée.

Ce retard, Scanderbeg en sut proGter.

Non moins apte aux soins de l'administration civile qu'aux travaux de la guerre, il eut bientôt rétabli l'ordre dans les villes et dans les campagnes; la justice remplaça l'arbitraire, les lois retrouvèrent leur puissance; la sécurité rentra dans tous les cœurs, une nation se releva comme par miracle.

Mais améliorer le présent ne suffisait pas, il fallait ad* surer l'avenir. Or, le printemps arrivait, et avec lai toutes les chances d'une lutte redoutable : Scanderbeg, suivi d'Hamza et de quelques cavaliers, se présente avec six mille hommes devant Sfétigrad. La garnison n'avait

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rien perdu de son courage; sa contenance restait toujours la même ; promesses, menaces, tout échouait. Que fera-t-il sans artillerie, sans appareil de siège? Tenter la fortune avec la cerlitude de sacrifier beaucoup de monde, ce serait folie. Laissant à Mosès une partie de ses forcer, il ravage la campagne pour affamer la ville.

C'est alors que plusieurs des habitants, relégués dans les faubourgs par le gouverneur, vinrent le trouver en secret : oc A qui en veux-tu , Seigneur? » lui dirent-Ils, ce Est-ce à l'ennemi, qui a des vivres en abondance, ou « bien a nous, que tu condamnes ainsi à mourir de faim? « Sommes-nous cause de son obstination, et doutes-tu c< de notre empressement à t'ouvrir, aussitôt que posc( sible, les portes de la place? Tourne donc toutes tes a rigueurs contre les mahométans, et quant à nous, ft chrétiens et sujets fidèles, compte, si tu nous laisses « la vie, sur notre dévouement. »

Touché de leurs prières, Scanderbeg se porta vers les Triballes^, sur un canton turk du voisinage appelé Mo*^ crée : au lieu de piller cette fertile et populeuse contrée, il s'en empara et la réunit à ses possessions. Acqui-* sition facile, car, a son approche, tous les postes turks avaient disparu; et, de toutes parts, une foule enthousiaste accourait, elle saluait de joyeuses clameurs son aigle uoire à deux têtes, se déployant sur un étendard rouge, emblème pour tous de gloire, de liberté.

1 Sous ce nom, les Byzantins désignent souvent les Servions.

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