LIVRE
Certes, la disposition générale des esprits était rassurante. Mais Scanderbeg, les regards tournés vers l'horizon, mesurait l'orage amoncelé contre lui; des efforts inouis pouvaient seuls conjurer le péril. Aussi, visitant toutes ses places, parcourant les montagnes, les vallées, les plaines, les défilés, sondant les rivières, revenant trèssouvent à Croïa pour en activer les fortifications, se multipliant à l'infini, il avisait, jour et nuit, aux moyens de lutter, avec la moindre perte d'hommes possible. De fréquentes excursions sur le territoire turk tenaient ses troupes en haleine.
Comme Fabius, Scanderbeg pensait que le mouvement est la vie d'une armée.
Cependant Murad rassemblait en silence l'élite de ses troupes : anéantir la révolte et son chef lui semblait l'œuvre facile d'une campagne.
Mais, bien servi par les intelligences qu'il entretenait à la Porte même, l'Albanais sut bientôt les détails de ce formidable appareil, et sa destination. Dès lors, il résolut d'organiser, avec les princes et seigneurs voisins, une ligue offensive et défensive. Alessio S ville de la domination vénitienne, située entre Croïa et Scutarî, fut choisie par lui pour siège de la conférence : c'était prévenir toute question de préséance, toute collision d'amour-propre.
1 Colonie fondée par Denis TAncien, tyran de Syracuse.