LIVRE II
Confédération offensive et défensive. — Scanderbeg, chef suprême. — Quarante mille cavaliers , sous les ordres d*ÂU- Pacha, envahissent TAlbanie. — Scanderbeg les bat. — Trêve de Murad avec les Hongrois. — Le Sullhan abdique. — Wladislas rompt le traité. — Murad ressaisit le pouvoir. — Bataille de Warna. — Tentative pacitique du Sulthan auprès de Scanderb^. — Celui-ci la repousse. — Vainqueur de deux pachas, Fizour et Mustapha , il déclare la guerre aux Vénitiens , met en fuite leur armée, anéantit les nouvelles troupes de Mustapha-Pacha^ et traite avec la République, qui lui propose la paix.
Suivi de nombreux cavaliers et fantassins, un guerrier de haute origine et de grande renommée^ Arriani tes Thopia Comnène *, arriva la premier au rendezvous. Déjà, sous Muhammed P% il s'était illustré dans la défense de son p^ys; et, plus tard, tandis que Murad combattait, en Asie, la révolte du prince de Karamariie, il avait, avec son allié Jean Castriota, père de Scanderbeg, soulevé les Albanais d'Epire etd'Argyropolis ; ëner-
^ Et non pas Golemi; erreur de Barletius, reproduite par M. de Sismondi. Ce nom de Comnène, Arrianites Thopia le tenait de sa mère.
gique insurrection que le terrible Thourakhan n'étouffa qu'avec beaucoup de peine ; après la prise de Janina par Kara Eurenose , et la désolation de ces riches contrées , Arrianites avait dû se soumettre et devenir tributaire. Mais, à la voix de Scanderbeg, à cet appel de vengeance , toute sa haine contre les Turks s'était rallumée. Une pensée l'obsédait, affranchir l'Epire soumise à ses ordres depuis l'A oùs (la Voioussa) jusqu'au golfe d'Arta (Ambracius Sinus), et justifier ainsi le surnom de Grand donné en lui au glorieux champion de la Croix.
Après Arrianites Thopia, vint son frère Andréa, chef jusqu'à Durazzo, de l'Albanie septentrionale. Epidamnus, Dyrrachium était, sous les Romains, le principal point de communication entre l'Italie et la Grèce; de là partait cette belle voie Egnatienne dont, à chaque pas, apparaissent des vestiges, quand on va de Durazzo à Thessalonique, par le chemin d'Ochrida *. Impatient de châtier Tourakhan qui , dévastateur du Musaché et bourreau d'une foule de Toxides, avait dressé, auprès d'Avlone*, sur le golfe de ce nom, dans la mer Adriatique, un hideux trophée de têtes chrétiennes, Andréa amenait avec lui ses deux fils et son neveu Tanusios, dont l'aïeul, Carlo Thopia, avait fondé Croïa et Petralba , à l'époque où Jean Castriota s'était emparé de l'Epire.
Sous cette triple bannière marchaient les contingents
1 Félix de Beaujour, Voyage militaire dans i'empire ottoman^ « Ancien Sinus OEneus,