‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 30 sur 217 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

dans une espèce de bassin formé par une chaîne de mon* tagnes arrondies en amphithéâtre et très boisées. Dis* position avantageuse, car ses troupes postées sur des roc» escarpés, vont comme foudroyer tout ce qui se hasardera sous leurs pieds.

Bientôt les deux armées sont en présence. Mais la nuit ne permettant pas d'engager Faction , Scanderbeg fait éteindre toutes les lumières de son camp et ordonne aux troupes de rester immobiles, en silence. L'audace des Turks s'en accroît ; ils allument de grands feux, et prO' voquent avec insulte, mais en vain» la petite armée chrétienne.

Au point du jour, Scanderbeg, qui prévoit que la bataille pourra être longue, préside au repas de l'armée, et, bien renseigné sur le nombre comme sur l'ordonnance des ennemis, il dispose tout pour le combat. Mosès commandera l'aile droite, forte de quinze cents chevaux et d'autant de fantassins; Tanusios la gauche, composée de même} au centre, qui s'allonge en forme de croissant, se place Scanderbeg ; l'arrière-garde ou réserve, corps d'élite % est confiée à Uranoconte, capitaine expéri^ mente. Mais emportés par trop d'ardeur, les soldats pourraient se débander : le général défend de sonner la charge avant que l'ennemi n'ait commencé son mouvement.

Plein de mépris pour cette timide poignée d'hommes, le pacha ne peut contenir les transports de sa bruyante

* Les Triarii des Romains.

ôi HISTOIRE DE SCANDERBEG.

joie : « Voyez donc, » s'écrie-t-il en riant aux éclats , « voyez ce sot chrétien! Comme il marche habilement «c à sa perte ! »

Impatients de justifier une telle confiance, les Turks s'avancent résolument. Mais soudain Mosès et Tanusios, se précipitant sur les deui ailes ennemies, les ébranlent; Scanderbeg pousse vivement au centre qu'il entame, tandis que le corps en embuscade sort du bois, fond sur l'arrière-garde avec de grands cris, et y jette le désordre.

Mais une masse impénétrable résiste encore : c'est l'élite de l'armée turke qu'Ali a concentrée sur un seul point. Toute la valeur de Scanderbeg, si inférieur en nombre, vient échouer contre ce roc : bientôt heureusement Aïdin Musakhi et Uranoconte, par leur habile concours, lui facilitent la victoire. £n effet, tandis que le premier, à la tète de son infanterie, renverse tout ce qu'il rencontre, et force ainsi le pacha à détacher une partie de son monde pour rétablir la bataille , l'autre rejoint Scanderbeg avec la réserve. Déjà Ali, malgré tout son courage, commence à faiblir, quand arrive Musakhi, devant lequel rien n'a pu résister. Enveloppé de toutes parts, le pacha fuit à toute bride : les deux ailes de l'armée imitent le centre; la déroute devient générale.

Vingt-deux mille ennemis ^ tués, deux mille prison-

* Chiffre évidemment exagéré, comme beaucoup d'autres dans le travail, au reste si intéressant, de Barletius.

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