LIVRE IL
riiers, vingt-cinq étendards, tels furent les trophées de ces quatre heures de combat. Du côté des chrétiens, peu de morts, mais beaucoup de blessés; lions eurent lions pour chefs.
Après avoir retenu ses troupes dans le camp jusqu'à la fin de la nuit suivante pour les mieux disposer aux fatigues d'une expédition projetée, Scanderbeg, au point du jour, les félicita de leur victoire :
a Vous récompenser comme vous le méritez n'est point « en mon pouvoir, dit-il, je ne suis pas assez riche pour « cela; mais quel plus glorieux prix de votre valeur que (c les dépouilles mêmes des vaincus? Voici devant vous ce le territoire ennemi : vos bras l'ont privé de ses défen- « seurs : courez-y, et recueillez abondamment les fruits « du triomphe ; que ce soit là votre noble solde.
« Mais que pour tous la récompense soit égale, comme « fut égal le courage de tous; aux fantassins donc les che- « vaux des morts, et que dorénavant tous soient cavaliers.
« Allons, mes amis, que Dieu nous protège et suivezc< moi! »
L'effet de telles paroles n'était pas douteux : toutes les fatigues sont oubliées ; les blessés eux-mêmes veulent être de la partie, et l'on se jette dans la direction de la Macédoine, sur la riche contrée, objet de tant de convoitises. Hormis Tàge, le sexeet la soumission,, rien n'est épargné; une fois pillés, bourgs et villages sont livrés aux flammes ; les arbres eux-mêmes ne trouvent pas grâce.
Traînant à leur suite esclaves , chevaux, bétail, les
soldats reviennent au camp chargés d'un énorme butin. Après une nuit donnée au repos, ils se mettent en marche, et rentrent triomphants à Croia. De toutes parts la multitude était accourue sur leur passage.
A la vue de Scanderbeg, d'innombrables cris d'enthousiasme éclatent; on salue, on bénit en lui le libérateur de la patrie. Les réjouissances durèrent plusieurs jours.
Selon l'antique usage, des lettres couronnées de laurier furent envoyées à tous les chefs confédérés; on y joignit quelques-uns des étendards pris sur l'ennemi; le reste fut suspendu, en grande pompe, aux voûtes des églises.
Cependant, toujours préoccupé de son projet d'une ligue générale contre les infidèles, Eugène IV observait l'Orient d'un œil attentif. L'insurrection albanaise, les succès de Scanderbeg, les revers de Murad en Hongrie, les pressantes instances de l'empereur grec Jean Paléologue, tout semblait sourire à ses vœux. Ayant décidé Wladislas à accepter le titre de chef de cette nouvelle croisade, il lui abandonnait, pendant deux ans, pour subvenir aux frais de l'expédition, le produit du denier de Saint-Pierre," revenu alors assez considérable.
Voici le plan des confédérés : le Karaman Oglo-Aly- Bey, ennemi naturel des Turks, et qui n'aspirait qu'à secouer le joug, entrait dans la grande ligue chrétienne ; il s'engageait en outre à y faire entrer les divers princes de l'Anatolie, vassaux du Grand-Seigneur, Tous, au moment convenu, attaqueraient les domaines de Murad en Asie. Un si vaste soulèvement ne manquerait pas d'at-