‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 32 sur 217 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

tirer dans le Levant^ le Sulthan et la plus forte partie de son armée d'Europe : alors presque toutes ses places en Grèce se trouvant dégarnies, une flotte de soixantedix voiles chrétiennes s'emparerait, en l'absence de Murad, du détroit de Gallipoli ^, et en fermerait tous les passages. Une fois le Sulthan aux prises, en Asie, avec Oglo-Aly-Bey et ses alliés, les confédérés européens se précipiteraient sur la Thrace, et bientôt on aurait reconquis toutes les places enlevées aux Grecs.

Malheur au Croissant, si ce projet avait été aussi bien exécuté que conçu M

Alarmé des grands préparatifs de la chrétienté, Murad offrit la paix aux Hongrois; et, malgré les efforts du cardinal Julien, légat du saint-siége, une trêve de dix ans fut conclue à Szegedin, sur la Theiss, le lâjuil-* let 1444, non sans de vifs débats; car le Sulthan eût bien voulu ne rien céder de ses conquêtes. Mais son or«* gueil dut fléchir : il s'obligea à rendre la Servie au prince Georges Brankovitch en lui renvoyant ses deux fils, à ne plus troubler Scanderbeg dans ses possessiong paternelles ; sauf une partie de la Bulgarie, tout le fruit de ses victoires lui échappait. Pour donner au traité un

1 C'est spécialement à TAnalolie , et surtout à FAnatoIie occidentale que s'applique l'expression de Levant (en grec 'AvaToXy) ; àvà

TSXXO)) .

* Keliboliy chef-lieu de l'Eyalet des îles dans la Turquie d'Europe; elle est située sur la presqu'île de ce nom, k l'entrée du détroit des Dardanelles, du côté de la mer de Marmara. C'est la première ville européenne tombée, en 1356, au pouvoir des Turks.

3 Le Beau, Histoire du Bas-Empirey liv CXVHÏ;

ô() HISTOIRE DE SCANDERBEG.

caractère plus solennel , Wladislas^ la main droite étendue sur FËvangile, jura, par le corps immortel de Jésus-Christ, d'en observer Gdèlement tous les articles *.

De son côté Murad prit le Koran à témoin.

Mais à peine ce traité, qui devait, au prix de bien grands sacrifices, assurer la tranquillité du Sulthan, étaitil signé, qu'une nouvelle accablante Tatterra : son fils Alaëddin venait de mourir. C'est alors que, dans tout l'éclat de la puissance, dans toute la force de l'âge, frappé tout à coup au cœur, fatigué d'une vie incessamment guerrière, et voyant le calme rendu à l'Empire, Murad dit adieu aux grandeurs humaines. Abdiquant^ en faveur de son autre fils, Muhammed, à peine &gé de quatorze ans , il l'entoura de ministres vieillis dans les affaires, et se retira à Magnésie (de l'Hermus).

Ses deux confidents Ishak-Pacha et Hamzabeg, son grand échanson, le suivirent. Pour soutenir, jusque dans la retraite, la majesté du rang suprême , il s'était ré* serve les revenus des provinces de Menfeschi, de Saroukhan et d'Aïdin, c'est-à-dire des plus belles contrées de la Carie, de la Méonie et de l'Ionie.

1 Cantemir (Démétrius), Histoire de l'agrandissement et de la décadence de f empire ottoman,

* // voulut, selon une expression orientale, poser son pied sur V oreiller du repos.

Saad-Eddyn-Muhamnied, dit Khadjah-Effendi, auteur du Tadjal' Tawarikh (Couronne des histoires), travail qui comprend les règnes des douze premiers sulthans. Saad-Eddyn-Muhammed mourut en 1600.

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