LIVRE II
Autour de cette paisible retraite que d'émouvants souvenirs l'histoire a rassemblés! C'est près de Magnésie (Magnesia ad Sipylum *), au pied du Sipyle et sur l'Hermus, que s'étend la plaine où Scipion TAsiatique, Tan 190 avant J. C., remporta sur Antiochus le Grand cette victoire qui soumit au joug romain toutes les villes de l'Asîe-Mineure. Plus loin s'élevait Thyatire % l'un des premiers berceaux du christianisme, et près de laquelle Valenset Procope se disputèrent l'empirel
Au pied du mont Olympe, Bursa (Prusa), b&tie par Annibal ; Libyssa^, en Bithynie, théâtre de sa mort volontaire et asile de ses cendres, doivent leur renommée à cette grande mémoire.
Mais la trêve, qui devait durer dix ans, ne dura pas dix jours.
On venait d'échanger les signatures, quand François Condolmieri, cardinal de Florence, neveu d'Eugène et commandant de la flotte papale, annonça à Wladislas l'entrée d'une grande armée turke en Asie; il mandait que Murad, ayant amené toutes ses troupes d'Europe, à l'exception de quelques faibles milices campées dans la Chersonèse de Thrace, les places et possessions des infidèles en deçà du Bosphore se trouvaient dégarnies et sans défense ; que, pour lui, traversant à l'instant même la mer Egée avec sa flotte, il allait pren-
^ Manika ou Mansa.
^ Âk'Hmar. Une lettre de saint Paul est adressée aux fidèles de celte ville.
» Gehsé.
dre position dans le détroit de Gallipoli, bien résolu à fermer à l'ennemi tout retour en Europe, ce Maintenant^» disait Condolmieri en terminant, « c'est à vous^ vaillant (c monarque des Hongrois^ c'est à vos alliés à attaquer « les Turks en Occident, à leur arracher jusqu'au dera nier village, à délivrer de ce fléau la chrétienté ; certes a l'occasion est belle, ne la manquez pas. »
Déjà un regret du récent traité se répandait à la cour de Bude *, lorsque arrivèrent des dépêches de Jean Paléologue. Après quelques compliments au roi de Hongrie sur ses exploits, l'empereur grec lui demandait communication de son plan pour la prochaine campagne, afln de mieux combiner ses propres opérations. Voulant se rapprocher des confédérés et du foyer de la guerre, Jean Paléologue disait s'être rendu à Misitra % en Laconie.
* Cette capitale des monarques hongrois, occupée par les Turks de 1 530 à i 688, et reprise alors par le duc de Lorraine, n'a pas cessé depuis d'appartenir à l'Aulriehe.
Parmi les plus remarquables établissements de Bude est la Bibliothèque que fonda le grand roi Mathias Corvin, Par ses ordres, trois cents copistes transcrivirent, en Italie, les meilleurs auteurs. Il avait réuni cinquante mille volumes dans la tour de Bude, et trente copistes en augmentaient continuellement le nombre. Vainement, quand les Turks s'emparèrent de la ville , le cardinal Rosmani leur offrit 20,000 ducats de la bibliothèque : ils aimèrent mieux la détruire.
Depuis on l'a reconstituée, mais sans pouvoir réparer des pertes bien regrettables.
' Sur riri ou Vasilipotamos (Eurotas).
Si l'on en croit le père Pacifique, Coronelli, Guillet, etc., etc., Misitra est bâtie sur les ruines de cette Ade Sparte , où Néron , visitant la Grèce, n'osa pas entrer. D'après Spon , Vernon , l'abbé Fourmont, Leroi et d'An ville, ces ruines sont assez éloignées de