‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 34 sur 217 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Ensuite, après s'être étonné de certains bruits rela- .tifs à un prétendu traité avec le Sulthan, il insistait sur les calamités qu'entraînerait une pareille démarche. N'était-ce pas sous les auspices, et même à l'instigation de Wladislas que cette glorieuse confédération avait pris naissance? Si Wladislas désertait l'entreprise, ne seraitce pas aussi sur lui seul que pèserait la responsabilité de tous les désastres à venir? La chrétienté ne lui reprocherait-elle pas d'avoir laissé échapper cette belle, cette unique occasion d'en flnir avec l'infidèle?

Le monarque grec terminait en lui demandant, avec des instances réitérées, ses dernières intentions pour régler lui-même sa propre conduite, et éviter ainsi l'abtme où une confiance qu'il aimait encore à croire motivée pourrait, en cas d'erreur, l'entraîner.

Aux perplexités qu'une telle missive causa à Wladislas, venaient se joindre les opiniâtres remontrances du cardinal Julien, qui ne cessait de l'exhorter à rompre le traité. Ne sachant quel parti prendre, le jeune roi assemble son conseil et les grands du royaume : il leur expose ses scrupules.

Ce fut alors que le cardinal-légat, déployant toutes les plus subtiles arguties, soutint que Wladislas nonseulement pouvait , mais devait manquer à son serment ; qu'en effet , déjà lié par un traité avec le

Misitra. D'Anville surtout est formel : « Le lieu, dit-il, qu'occupait celle ville (Sparle) est appelé Palœchôri ou le Vieux-Bourg; la ville nouvelle, sous le nom de Misilra, que Ton a tort de confondre avec Sparle, en est écartée vers le couchant. »

souverain pontife, avec Philippe, duc de Bourgogne , avec les Vénitiens, les Génois et tous les membres de la sainte ligue dont il était le chef , nul traité postérieur n'avait pu être valablement conclu par lui avec Murad , au préjudice dé ses premiers engagements. D'ailleurs, en ne remplissant pas les clauses du traité^ quoique le terme assigné à leur exécution fût expiré depuis longtemps, Murad avait rompu lui-même ce traité.

S'en tenant à cette logique spécieuse, et d'une si facile réfutation, le cardinal n'aurait pas dû ajouter que le Pape déliait Wladislas de son serment. Alla-t-il toutefois jusqu'à prétendre que, contre des infidèles, tous les moyens sont bons, et que nul scrupule ne doit arrêter? Quelques historiens lui ont adressé ce reproche, mais rien ne prouve qu'il soit mérité.

Accueillie avec enthousiasme par un auditoire qui n'aspirait qu'à la guerre, l'ardente harangue du cardinal-légat leva tous les scrupules de Wladislas. Entraîné parce fatal ascendant, le jeune prince venait de contracter un engagement, ou plutôt de prononcer un parjure solennel : en présence de tous, au mépris du récent traité, il avait juré de consacrer tous ses efforts à l'expulsion desTurks avant la fin de l'année, et à l'afiFranchissementde la Grèce européenne, quand lui arriva une nouvelle bien imprévue : Murad , fidèle à la foi promise, avait rendu au despote de Servie ses deux fils, ses places fortes et tous les prisonniers.

Ainsi tombait le plus puissant argument du cardi-

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