‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 35 sur 217 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

nal, et Wladislas qui, pour sa propre excuse, aurait eu grand besoin d'un tort du Sulthan , fut très-embarrassé de cette inopportune loyauté. Néanmoins, comme on renonce plutôt à dix bonnes résolutions qu'à une mauvaise , le roi de Hongrie ne manqua pas d obéir à cette loi commune de Thumanité.

Après avoir donc passé le Danube, il s'avança jusqu'à Warna, sur le Pont-Euxin : c'était le rendez-vous général des alliés.

Dans ces circonstances, Scanderbeg devait attirer les regards de la confédération : l'éclat récent de ses victoires, la terreur qu'il inspirait aux Turks, sa parfaite connaissance de leur politique et de leurs forces réelles , son implacable haine contre le Croissant, son entier dévouement à la cause chrétienne, tout promettait en lui une puissante assistance. Wladislas l'invita donc à entrer dans la ligue.

Aussitôt Scanderbeg, ayant convoqué ses capitaines, les consulta sur le parti à prendre : tous furent d'avis de concourir à cette glorieuse entreprise. Mais, selon quelques-uns, Scanderbeg ne devait point quitter l'Albanie : que deviendrait le pays sans son plus ferme rempart?

Alors Paul Dukagin prenant la parole : « Ne vous « y trompez pas, » dit-il, a Scanderbeg, à lui seul, sera « plus utile aux alliés que toute l'Albanie en armes. a Pour la défense intérieure, choisissez tout autre chef (( brave et expérinwBnté ; pour conduire nos troupes, « il n'en est qu'un , c'est le héros à qui déjà la pa-

« trie doit sa délivrance. Vous parliez tout à Theure « d'envoyercînq ou huit mille hommes : à la vue de cette c( poignée de braves, que penseraient de nous les alliés? « C'est une armée qu'il faut, une véritable armée. Et a pour qu'on ne m'accuse pas de parler au lieu d'agir, « tenez, me voici prêt à marcher avec cinq mille hommes « à cette sainte guerre. »

Entraînée par ces paroles, toute l'assemblée donna pleins pouvoirs à Scanderbeg.

Dès le lendemain y celui-ci répondit au roi de Hongrie,

qu'avec quinze mille hommes, réunis aux quinze mille

vainqueurs d'Âli-Pacha, il serait bientôt auprès de lui.

Fidèle à sa promesse, Dukagin arriva des premiers;

amenant cinq mille guerriers bien équipés.

Tout étant prêt et l'armée pleine d'ardeur, Scanderbeg, après avoir selon sa coutume invoqué la protection divine, se mit en route.

La situation des alliés devenait inquiétante, car Murad, cédant à la prière de son empire alarmé, avait noblement quitté sa retraite et brusqué la paix avec le Karamân. Rentré d'Asie en Europe, grâce à la cupidité de quelques marchands génois , il s'avançait à marches forcées vers la Hongrie. A cette nouvelle, l'armée albanaise redoubla d'ardeur 5 déjà elle atteignait les frontières de la Mésie, quand un prince, naguère protégé contre le Sulthan et rétabli dans ses Etats par Jean Hunyade et Wladislas, s'opposa à son passage : c'était le Kràl de SiCrvie, Georges Brankovitch. Placé comme une

Page 1