LIVRE II
limite entre les Turks et les chrétiens, mais s'attachant tantôt aux uns, tantôt aux autres, Georges ne connaissait qu'une loi, son intérêt; peu lui importait l'Evan^ gile ou le Koran. Cette fois sans doute le mariage de sa fille avec le Sulthan l'entraînait du côté des Turks ; peut-être aussi le dépit d'avoir vu quelques places forte» de Servie données par Wladislas à Jean Hunyade, en commémoration de sa victoire sur Karaman-Oglj.
A toutes les instances de Scanderbeg, le Krâl n'ayant opposé qu'un refus opiniâtre, les Albanais se décidèrent à passer de force.
Cependant Wladislas, maître de Warna, ignorait encore le retour de Murad, comme les obstacles qui rete^ naientScanderbeg. Aussi se disposait il à marcher surAo* drinople, et de là jusqu'à Constantinople pour préserver la capitale grecque d un coup de main, quand ces deux graves événements lui furent annoncés, La nouvelle l'affecta si vivement que, malade tout à coup, il fut obligé de s'arrêter quelques jours à Warna ; retard fatal dont son ennemi sut profiter.
La forteresse de Warna est assise sur les bords septentrionaux d'un golfe formé par deux caps qui se projettent dans la mer; pente du Balkan, le cap, au nord de la ville, est couvert d'un bourg nommé Macrospolis (Ft7/e-Lowgfw«); sur le promontoire méridional, à cinq mille pas de Warna, s'élève Galata au Kalliacré; des marais s'étendaient sur tout l'espace compris entre Warna et Galata. C'est là que l'armée hongroise apprit
la soudaine apparition de Murad en Europe avec quarante mille hommes. Laissant de côté l'Hellespont, où croisait la flotte papale, il était débarqué sur les rives du Bosphore. Moyennant un ducat par soldat^ des vaisseaux génois avaient transporté ses troupes. Accouru à marches forcées, le Sulthan établit son camp à quatre mille pas du camp hongrois. Se retrancher, au moyen de fossés et de barricades de chariots, pour attendre ainsi les mouvements ultérieurs de l'ennemi , tel fut le parti proposé dans le conseil de guerre par le cardinal Julien Cesarini, et par les évoques d*£rlau et de Waradin ; mais Hunyade insista pour l'attaque en rase campagne, et le jeune roi embrassa cette opinion, si conforme à son impatiente valeur.
Dès le 9 novembre 1444, les deux armées furent rangées en bataille. Formée de Valaques, et seulement de cinq compagnies hongroises, l'aile gauche chrétienne se trouvait protégée par les marais de Warna; l'aile droite, qui s'étendait dans la direction de la ville, était entièrement à découvert; aussi toutes les forces des Hongrois se concentrèrent-elles sur ce point. Là, flottait le grand étendard noir de Hongrie, sous la garde du banneret Franco et de l'évèque d'Erlau, entre lesquels étaient répartis les croisés que commandait Julien Cesarini.
A la tête de l'arrière -garde, composée de quelques compagnies polonaises sous l'étendard de Saint-Wladislas et des Ordres de Lasko Bobrich, l'évèque de Waradin couvrait les derrières de l'armée, les bagages et les