LIVRE ir
munitions d'artillerie. Au centre se tenait le Roi, entouré de cinquante cavaliers, sous la bannière de Saint- Georges, que portait Etienne de Bathor.
Général en chef, Hunyade était partout.
Quant à Tarmée turke, Tourakan, beglerbeg* de Roumélie , commandait l'aile droite ; Karadja, beglerbeg d'Anatolie, Paiie gauche. 'Une immuable coutume décernait l'honneur de l'aile droite au premier, si la guerre se faisait en Europe; au second, si elle se faisait en Asie. Avec les Janissaires, Murad occupait le centre. Devant lui se prolongeait un fossé palissade, au bord duquel apparaissait, au bout d'une lance, comme un appel à la justice divine,le traité de paix, violé par Wladislas. Sur les derrières on avait placé les chameaux et les bagages.
Tout à coup, au moment d'engager l'action, vers le point du jour, un vent impétueux, sinistre présage, déchire tous les drapeaux de l'armée hongroise, sauf celui du Roi.
C'est alors qu'Hunyade charge en personne l'aile gauche turke, qu'il enfonce et disperse; d'un autre côté, telle est l'impétuosité des Valaques, qu'au premier choc, culbutant les troupes de Roumélie , l'aile droite , ils se font jour, le fer à la main , à travers le camp ennemi, jusqu'à latente du Sulthan.
Déjà la victoire semble être aux chrétiens.
i Bcg des Begs, gouverneur général d'une province, pacha à Irois queues.
66 HISTOIRE DE «CANDERBEG.
Témoin du désordre des siens, désespérant du salut de son armée, Murad, Murad lui-même , se dispose à fuir, quand une puissante étreinte saisit la bride de son cheval; c'est Karadja lui disant : « Seigneur, n'abandonne pas tes troupes ; — meurs, s'il le faut, mais meurs avec gloire!... » Cette noble témérité du beglerbeg, Yazidji- Toghau, segbanbaschi des Janissaires, veut la ch&tier; mais il tombe sous le sabre d'un Hongrois.
Digne de comprendre le dévouement de Karadja, Murad remercie du geste son intrépide général. ce 0 Jésus!» s'écrie-t-il, « si tu es Dieu, comme le disent les chréc( tiens, venge-moi du parjure de tes adorateurs! »
£t il soutient l'ardente attaque du monarque hongrois.
Docile, en effet, jusqu'alors aux conseils d'Hunyade, Wladislas était resté au corps de réserve. Mais tel qu'un génie funeste, le cardinal Julien semblait préposé à la ruine de l'armée chrétienne. Gourmandant , ainsi que les évêques de Strigonie et de Waradin , une inaction qui ne pesait déjà que trop au jeune monarque, il l'excite, il l'ébranlé, et Wladislas s'élance sur l'ennemi à bride abattue, traverse les lignes des Janissaires, s'enfonce jusqu'au centre de l'armée ottomane, où resplendit, étincelant de diamants, le turban de Murad ; debout sur ses étriers, le fer levé, il va percer le Sulthan, lorsque son cheval, terrassé d'un coup de hache d'armes, renverse sous lui son cavalier ; loin des siens, entouré d'ennemis, Wladislas se défend en vain ; un vieux janissaire, Khodja-Khizr, lui tranche la tête.