‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 38 sur 217 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

qu'il plante au bout d'une lance, çt la montre, en criant d'une voix de tonnerre: «Giaours, voilà votre roiI«

A ce spectacle, Polonais, Hongrois, confédérés, tous s'arrêtent glacés de terreur, se troublent et prennent la fuite*. Les Turks poursuivent sans relâche celte multitude débandée; ce n'est plus une déroute, c'est une boucherie. Parmi les morts on retrouva le cardinal Ju« lien, le glaive en main, et les deux évoques.

Dix mille chrétiens couvraient le sol de iQurs cada^ vres ; la perte des Turks avait été beaucoup plus grande. Aussi, Murad ne témoigna-t-il aucune joie. Triste, si-^ lencieux, il promenait ses regards sur ce théâtre de carnage : « Pourquoi cette mélancolie après une telle « victoire? » lui demanda son vézyr.— « Mais ne vois-tu « donc pas, » répondit le Sulthan , « tous ces vraig « croyants étendus sur la poussière? Malheur à moi %i « je triomphais souvent au même prix I y^

« Voilà qui est singulier I x> ajouta-t-il en examinant a les morts et les blessés; « ce sont tous des jeunes gens ; pas un seul parmi eux qui ait la barbe grise.--Si parmi « eux il y avait eu unvieillard,» dit alors TAtabeg, a ne a les aurait-il pas détournés d'une folle entreprise ? y>

Une colonne fut élevée sur le champ de bataille, où l'infortuné Wladislas reçut les honneurs funèbres. Mais sa tète, conservée dans du miel, fut envoyée à Djubé-

* « Chacun tasclia, en fuyant, de gar^ulir la pri&o» de son âme. » Lavardin, Histoire de Georges (7as(riol, etc.

Alî, gouverneur de Bursa, lavée ensuite dans lo Niloufer et portée par toute la ville.

Cestainsi que les Parthes en avaient aj;! avecCrassus^

La main, signataire du traité si fatalement violé, fut aussi séparée du corps. Vingt-cinq cuirasses hongroises annoncèrent au souverain d'Egypte le triomphe du Croissant, et quels hommes de fer le Sulthan avait vaincus!

Hunyade , après mille prodiges de valeur pour arracher aux Turks la tète du jeune roi, après avoir ramené sa troupe en bon état au delà duDanube, tomba entre les mains de Wladd 111 (Drakul), despote de Moldavie, allié des Turks. Plusieurs fois , mais toujours en vain , les Allemands et les Transylvains offrirent de payer sa rançon : le despote ne se dessaisit d'Hunyade que sur la menace de voir mettre la Moldavie à feu et à sang; encore exigea-t-il la restitution de ses duchés de Yàcàras', de Séverin et d'OmIas.

Ce désastre chrétien a douloureusement immortalisé la plaine de Warna. Quoique acheté bien cher, les Turks lui durent la consolidation de leurs conquêtes en Europe, et une glorieuse occasion d'y en ajouter d'autres.

Jean Paléologue, pour lequel tant de catholiques avaient péri, s'éteignit tristement en 1448; son frère Constantin le remplaça pendant peu d'années il est vrai ; mais du moins, en tombant, le dernier empereur grec s'ensevelit dans un linceul de gloire.

1 Florus, Abrégé de r Histoire romaine, liv. LU, chap. xii. Voir Notes et Pièces justificatives (IX).

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