LIVRE II
Scanderbeg n'avait pas quitté le territoire servien , quand lui arriva cette lamentable nouvelle. Saisi de douleur et de regrets, il maudit plus que jamais la déloyauté du Kràl , et jura d'en tirer une éclatante vengeance.
Accusé de perfidie, Georges Brankovitch répondait que le refus même de livrer passage prouvait tout son respect pour la Toi du serment ; qu'en efiTet, lié à la cause turke par un engagement solennel, il n'aurait pu, sans se souiller d'un parjure, agir autrement.
Mais le regret de n'avoir point secouru les princes chrétiens n'était pas la seule préoccupation de Scanderbeg; profitant de son nouveau triomphe, le Sulthan n'allait-il pas redoubler d'efi'orts contre l'Albanie? Pourvoir à la défense du pays devenait donc urgent. Toutefois, voulant, avant de s'éloigner, faire à Georges de mémorables adieux, il ravagea toute la Servie.
Pendant sa retraite sur Croïa, nombre de Hongrois et de Polonais, tristes débris de Warna , étaient venus le trouver : Scanderbeg les secourut de vivres, d'argent, de vaisseaux qui les transportèrent à Baguse*, d'où ces infortunés regagnèrent leur patrie.
Si Murad, ne se contentant pas de vaincre, avait su profiter de sa victoire, la journée de Warna pouvait devenir pour toute la chrétienté un immense péril.
La Hongrie lui était ouverte ; il n'y entra point. S'arrètant tout à coup comme devant d'invisibles remparts,
> Voir Noies et Pièces justifioatioes (X).
il laissa respirer ses ennemis, sans même se préoccuper de cette Albanie, objet de tant de ressentiments.
Bientôt, néanmoins , le monarque turk retrouva son énergique activité : d'an côté, les Macédoniens le sup^ pliaient deies protéger contre les incessantes excursions de leur redoutable voisin albanais; de Tautre, le despole, son beau-père, demandait vengeance des affronts reçus en-Mésie, et assistance contre Scanderbeg.
Avant de recourir aux armes , Murad , quoi qu'il en diit coûter à son orgueil, tenta une autre voie. Le 15 juin 1445, il écrivit, d'Andrinople, à ce sujet révolté.
Voici le début de sa lettre : «Murad, etc., etc., à Scan- (( derbeg,son pupille ingrat, point de salut. » Après avoir énuméré tous ses bienfaits et rappelé amèrement l'ingra^ titude qui en avait été le prix, il offrait le pardon du passé , consentant même à lui laisser Croïa, avec quelques autres villes des possessions paternelles, mais sous . deux conditions : la première, que Scanderbeg restituerait tout ce qu'il avait usurpé sur lui et sur ses alliés ; la seconde, qu'il les indemniserait, en argent, des dégâts commis.
En unissant, Murad insistait sur les immenses ressources de son empire; la récente défaite des Hongrois et la catastrophe de Wladislas n'en étaient-elles pas une formidable preuve ?
Un agent sûr et discret, Aïradin, avait plein pouvoir pour conclure.
Scanderbeg, sans être tenté le moins du monde de