LIVRE II
mandant ni conseil à ses ennemis, ni paix aux Turks, mais confiant dans la Providence , et impatient de vaincre.
Murad commença la lecture de cette réponse avec une apparente indifférence : en caressant sa barbe, il souriait dédaigneusement. Mais, arrivé à certain passage où Scanderbeg disait la la Croix triomphante et le Croissant vaincu^ » son dépit éclata : « Tu aspires donc, maiheu- « reux,)) s'écria -t-il, « à une mort mémorable? Eh bien ! (( on te contentera ; oui, grand roi d'Albanie, nous as- (( sisterons, sans ton commandement, aux obsèques de c< notre nourrisson, et tu n'auras pas à te plaindre ei (c l'autre monde qu'on t'ait refusé en celui-ci les hon« « neurs qui t^étaient dus! »
Certes, si Murad n'eût écouté que son ressentiment, il eût , selon une énergique expression \ lancé sur ÏEpire la tempête de tousses efforts. Mais les avis réitérés du despote de Servie appelaient son attention ailleurs : à entendre Georges Brankovitch, déjà l'infatigable Hunyade, ralliant ses débris, y joignant des renfortSy avait rassemblé une nouvelle armée. Soit donc qu'il ne voulût pas s'affaiblir du côté de la Hongrie, soit que, pour le moment, il lui suffit de contenir Scanderbeg, le Sulthan n'envoya que neuf mille cavaliers en Epire.
Chargé de cette expédition, Fizour-Pacha, l'un des
* Barletius, Uisloria de vUd ei gestis^ etc., elc.
74 HISTOIRE DE SCANMRBEG.
meillears généraux tarks, se glissa, aussi furtivement qoe possible, en Macédoine. De là, pour lui, une seule entrée en Albanie, c'était le val de Mocrèna, passage étroit, hérissé de bois et de rochers, où une poignée d'hommes pouvait arrêter toute une armée. A l'issue •eptentrionale du défilé, du c6té du lac Lychnidus , commence la Dassarétle*^ province illjriennei c'est ^ à peu près, le sandjakat moderne d'Ochrida, en Roumélie.
Mais, bien que le pacha n^eût pas été moins prudent qu'actif, Scanderbeg savait déjà sa marche; aussi ceux-là même qui comptaient le surprendre furent-ils surpris. Accompagné seulement ^de deux mille chevaux et dé quinze cents fantassins, il les disposa de manière à envelopper l'ennemi , et attendit en silence.
Bientôt parut l'avant-garde turke, suivie de deux autres corps, s'avançant tous avec une entière sécurité. A peine s'étaient-ils engagés dans ces inextricables défilés, qu'au signal convenu, l'infanterie chrétienne s'élance et fond sur le premier corps; pris en tète, en flanc et en queue, les Turks résistent bravement; mais, vains efibrts, leur perte est infaillible. Désespérés, beaucoup aiment mieux périr les armes à la main que de se rendre; d'autres, au nombre de plus de sept cents, implorent, à genoux, la clémence du vainqueur. Les Albanais , se rappelant comment, en de telles occurrences, les Turks traitaient les chrétiens, veulent les exterminer. Mais,
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