‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 45 sur 217 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

tique , va se jeter dans la mer, au fond d'un golfe très-ouvert auquel il donne son nom^ .

C'était autrefois la limite des empires d'Orient et d'Occident.

Scanderbeg, l'ayant franchi, le laissa derrière lui, sans même établir une réserve pour en garder le passage, ni pour protéger la retraite, tant il avait foi au triomphe. Impatient d'en finir avant la nuit, il disposa, en toute hâte, vers midi, sa petite armée, dans une plaine favorable. En tète, devant les enseignes, étaient placés les archers avec d'autres troupes légères; les deux ailes se formèrent d'une partie de l'infanterie et de deux mille chevaux chacune; au centre, le reste de sa cavalerie entremêlée de fantassins, comme les ailes.

Du côté des Vénitiens, une forte ligne de piquiers s'étendait devant les enseignes ; à la droite, où se tenait Daniel Juritch , était un gros corps de cavalerie esclavonne.. appuyé d'une forte gendarmerie italienne; la gauche se composait des hommes levés en Epire, pour le service de la République; Colla Hunoï, de Scutari, qui la commandait, devait opérer contre Mosès et ses Dibriens; André son frère, et Simon Yolcathagne conduisaient le centre. Mais dans tous les rangs se trouvaient disséminés des soldats d'armes diverses ; grave inconvénient, car, à la guerre plus que partout ailleurs, il faut de l'unité dans la variété. C'était en tout une force de treize mille hommes environ.

* Félix de Bbaujour, Voyage miUtaire dans Vempire ottoman,

Les piquiers vénUiens eoramenoèrent I^attaque, ehœ impétueux que repoussèrent d'abord les archers albanais. Mais les premiers revenant à la charge et i«s serrant de près, l'usage des flèches devenait impossible ; les Albanais ne se maintenaient même qu'à grande peine, quand, voyant le danger, Scanderbeg s^afança avec un corps de eavalerie pour les couvrir , et fit faire quelques pat en arrière t mouvement propice qui permit d^utiliser les arcs.

Cependant, munis d'épaisses cuirasses , les plquiera albanais chargeaient plus vigoureusement Tennemi. C'est à ce moment que les deuK ailes fondirent l'une sur l'autre avec des eris sauvages , et alors s'engagea oiie lutte terrible dont l'issue fut longtemps douteuse.

Scanderbeg, il est vrai, à la tête de frfusieurs escadrons, s'était enfoncé dans la droite de l'ennemi ; là , malgré l'ardente résistance du général vénitien, tout croulait sous ses coups. Déjà il se croyait débarrassé de cette portion la plus considérable de l'armée ennemie ; maïs les Esclavons, vivement ralliés, revinrent à la charge. Tous leurs efforts n'aboutirent néanmoins qu'à soutenir quelque temps encore leur général ; bientôt même, au lieu d^attaquer, les piquiers vénitiens ne songèrent plus qu'à «e défendre.

Des deui côtés, les centres se tenaient immobiles^ également attentifs au combat des deux ailes, combat toujours acharné, toujours incertain. Mais, heureux incident, Tanusios, témoin des prouesses de Scanderbeg à

Page 1