LIVRE II
la droite, ne se contient plus; enlevant du centre, qui était sa place de bataille, cavaliers et fantassins, il se jette sur la gauche ennemie, rompt d'abord les Escla* vous accourus pour la soutenir, les refoule A droite, et se précipite sur la cavalerie scutarienne, qui, faute d'appui, et enveloppée de toutes parts, prend la fuite. Vainement quelques troupes du centre veulent lui venir en aide; battues par Tanusios, elles lèchent pied, abandonnant leurs chefs André et Volcathagne, qui bientôt sont pris avec nombre d'autres officiers.
Ce triomphe sur la gauche redouble le courage de Scanderbeg : fortifié des Dibriens , qu'un moment l'extrême fatigue a abattus, mais qui se relèvent sous l'énergique réprimande de Mosès, il se lance contre la droite avec une telle impétuosité que, brisée, elle semble voler en éclats. Alors la déroute devient générale. Abandonné de tous, menacé de perdre la vie ou la liberté, Juritsch quitte le champ de bataille, triste exemple qu'imite son armée entière. Scanderbeg fait poursuivre les fuyards jusqu'aux portes de Scutari, mais avec l'ordre d'épargner tous ceux qu'on pourrait atteindre et de les faire prisonniers; Tefi'usion du sang chrétien, sans une absolue nécessité, lui était odieuse.
Comme la peur a des ailes , les mauvaises nouvelles arrivent plus vite que les bonnes. Déjà l'on savait dans la ville la défaite des Vénitiens. Tout y était trouble, confusion. Mais bientôt à la douleur vint se joindre l'humiliation. Du haut de leurs murailles, les habitants enten-
daient les insultes, les provocations des vainqueurs ; ils comptaient tristement les prisonniers forcés de passer et de repasser devant eux.
Des guerriers qui avaient si vaillamment combattu pouvaient bien s'égayer un peu aux dépens de l'ennemi. Scanderbeg, après leur avoir permis ce plaisir des temps homériques^ les ramena, le soir même, au camp de Dayna.
Pour ébranler la résistance des habitants, il avait compté sur sa victoire. Mais cette attente fut complète* ment déçue : plus que jamais la place était inébranlable. Loin de s'en montrer irrité. Scanderbeg, naturellement si ardent, si impétueux, renvoya tous les prisonniers sans rançon et ne retint que les deux principaux, André et Volcathagne» qui furent comblés des plus gracieuses attentions.
Pendant ce temps, Etienne*, duc de Bosnie, ravageait les environs de Drivasto.
Convertir le blocus en siège, tel était désormais Tunique parti à prendre. Mais, pressé d'en finir, car Murad ne cessait pas de préoccuper sa pensée, voici à quel expédient Scanderbeg recourut : tout près de Dayna , entre deux villes des possessions vénitiennes, Sculari et Drivasto, apparaissaient encore quelques vestiges de Balèse, ancienne cité détruite, dit-on, par Attila; il résolut de la rebâtir, espérant, à l'aide d'une forte garnison,
- ï Hersek pour Herzog, duc , d'où le nom d'Erzegovine que celte province a conservé.