‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 48 sur 217 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

convaincu, d'après tous les mouvements des troupes turkes, qu'elles préparaient une attaque , fit demander à Bcanderbeg ses ordres.

Toujours retenu devant Dayna, celui-ci répondit! ^ N'en venez pas aux mains avant mon arrivée ; sous « peu de jours, je vous rejoindrai avec un renfort consi- <c dérable. En attendant, abritez- vous au fond des bois, « dans les montagnes. » Et bientôt, laissant la direction du blocus à Hamza^ avec Tordre de resserrer de plus en plus la place sans s'éloigner du camp, il choisit cinq cents cavaliers, quinze cents fantassins d'élite, et s'élança au secours du corps menacé par Mustapha.

Il venait de partir, quand les Seutariens , instruits du projet des Turks, résolurent de surprendre Balèse, dont la garnison les harcelait sans cesse et dévastait le pays : toutes leurs forces marchèrent à cette expédition; un gros train d'artillerie les accompagnait.

Mais un tel mouvement ne pouvait rester inaperçu. Marlnus-Span, qui commandait dans Balèse,eut bientAt pris son parti : hors d'état de se défendre contre un ennemi très-supérieur en nombre, derrière des murailles encore toutes fraîches et que le canon eut bientôt brisées, il évacua, sans bruit, la place, vers l'entrée de la nwft J hommes et bagages, tout arriva heureuseniient au campdeDayna.

Cependant les Scutariens, déjà tout près deBalèse, s'étonnaient de ne rencontrer personne, ni avant-gardes, ni postes armés devant les portes, ni sentinelles sur les

murailles. Inquiets de ce silence et d'une telle solitude, se méfiant d un piège, ils envoyèrent des éclaireurs et surent bientôt à quoi s'en tenir. Plus d'espérance donc de surprendre une proie facile; grand fut leur désappointement. Pour enlever à l'ennemi toute envie d'y revenir^ ils n'avaient plus qu'à raser la ville, opération peu pénible, car pierres et mortier n'avaient pas encore eu le temps de se consolider; le feu consuma les palissades; en peu d'heures Bjalèse était redevenue une ruine.

Comme un tel exploit, plus digne de pionniers et de manœuvres que de soldats , n'avait rien de bien écla* tant, plusieurs demandaient qu'on marchât immédiatement sur Dayna pour la délivrer. Croyant Scanderbeg occupé ailleurs, son absence leur semblait un gage assuré de succès; mais leurs instances furent inutiles : la majorité du Conseil pensa que, pour tenter une telle entreprise, il eût fallu des forces considérables et un ordre exprès du gouverneur de Scutari.

De son côté, Mustapha n'était pas plus heureux; vainement il cherchait à anéantir la poignée de braves détachés contre lui : tantôt protégés par leurs retranchements, tantôt voltigeant çà et là dans la campagne, ceux-ci riaient d'un ennemi qui n'osait ni les attaquer dans leur sauvage asile, ni les poursuivre dans leur fuite simulée. Désespérant donc de s'en approcher assez pour les combattre, le pacha se contentait de bien fortifier son camp et de tout dévaster autour de lui.

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