LIVRE II
Mais enfin cette ardente soif d'une bataille allait être calmée : Scanderbeg arriva en personne. Aussitôt l'impatient Mustapha se porte en avant et vient camper dans la plaine d*Oros8 ou d'Orocher S à une demi-lieue des Albanais, à cinq lieues environ de Croïa. Quatre mille cavaliers, deux mille fantassins, voilà toute Tarmée chrétienne.
Déjà l'on était en présence, quand un Turk se détache des rangs; la richesse de ses armes, la beauté de son cheval, tout révèle un grade éminent. Karaguse (c'est son nom) s'avance, aussi près que possible, des Albanais, et défie à un combat singulier le plus brave d'entre eux.
D'abord on ne tint aucun compte de ces provocations. Enhardi par une indifférence qu'il prend pour de la frayeur, Karaguse injurie ces timides ennemis, et leur prodigue l'insulte. Scanderbeg, ne résistant qu'avec peine à l'envie de châtier lui-même cette insolence, promène sur ses officiers un regard significatif. Cet appel, Paul Manessi l'a compris; il s'approche, demande au prince son agrément, entre en lice, enfonce le bois de sa lance dans l'œil droit du Turk, le renverse de cheval, le désarme, lui coupe la tète, et revient offrir à Scanderbeg ce sanglant trophée.
» Cantelli appelle celle ville Orosci, et d'autres Oronochée, Son vrai nom esl Rocher. Au mot français, les Albanais ont ajouté Tarticle au que par un simple 0 lés géographes italiens ont accolé à la dénomination de cette capitale des Mirdiles.
(PouQOEviLLE , Voyoçe de la Grèce, tom. 1".)
N'est-^ee pas là pour les chrétiens un gage de victoire, pour les infidèles le présage d'une défaite?
Le front rayonnant d'audace et de joie, Bcanderbeg, au bruit des tambours, au son des trompettes, marche fièrement A l'ennemi. Ce hardi mouvament, d'une si faible troupe en r^se campagne^ étonne Mustapha ; pour le repousser, il lance, en toute hâte, quelques escadrons mal formés; bientôt l'armée entière les suit, mais en désordre, Isolément, et toutes ees flractions confuses viennent se briser contre la masse compacte de Tennemi.
Désespéré, Mustapha crie am siens de le suivre, tét6 baissée, partout où il se porterait, et le vaillant pacha s*enfonee au plus épais des rangs ennemis; une foule intrépide vole sur ses traces^ beaucoup même des fuyards, honteux de leur faibtesse, reviennent & la charge.
Cependant Mosès, tenant tète & ce flot d^ennemis, en faisait un aflVeux carnage, tandis que Paul Manessi, acharné sur la réserve des Turks, la taillait en pièces. Furieux, Mustapha met à prix la tète de ce redoutable adversaire. Aussitôt, excités par le ressentiment dé leur défaite et par l'attrait de la récompense, nombre de Turks se précipitent autour de Mosès ; e^est un assaut furieux : mais vains efforts, tout tombe sous l'infatigable cimeterre du guerrier albanais. Les rangs sont rompus, les postes abandonnés, les chevaux tués à coups de pique, les soldats comme noyés dans le sang.
Alors Mustapha, tentant un suprême efibrt, se plonge