LIVRE III
Insurrection des Janissaires; pour la dompter, Murad, après une seconde abdication, quitte de nouveau sa retraite. — Il marche en personne contre l'Albanie ; investissement de Sféligrad ; indomptable énergie des habitants ; un traître livre la place^ — Après 1(» départ du Sulthan pour Andrinople , Scanderbeg assiège , à son tour, Sfétigrad, mais sans succès, faute d'arlillerie. — Réapparition de Murad; formidable armée; siège de Croïa; assauts meurtriers pour les Turks; Murad se relire; sa mort. —Avènement dd son fils y Muhammed II. — Mariage de Scanderbeg. — Nouvelle campagne contre les Turks; nouvelles victoires. — Siège de Belgrade (en Albanie), par Scanderbeg. — Ëcbec des généraux albanais Tanusios et Musakhi. — Défection de Mosès.
Murad ne goûta pas longtemps les douceurs de sa nouvelle retraite i une seconde fois l'Etat avait réclamé son sauveur. Cette factieuse milice, qu'une main de fer pouvait seule contenir, les Janissaires, méprisant l'autorité d'un enfant, s'étaient révoltés. Allumé par eux, un vaste incendie réduisit en cendres toutes les maisons voisines du marché : c'était le prélude des scènes de désordre qui épouvantèrent Andrinople. Objet de la haine de ces factieux, le chef des eunuques ne se dérofia que par miracle à leilf rengeance. Furieux de voir cette
victime leur échapper , les Janissaires , après avoir pillé la ville, se retirèrent sur la colline de Bautschoul.
Il importait d'en finir le plus promptement possible avec rinsurrection ; car il en est des plus graves maladies du corps social, comme des maladies du corps humain : les révolutions ne sont souvent que des émeutes négligées.
Le grand vézyr Khalil, Ischak-Pacha et le beglerbeg Ouzghour, qui gouvernaient au nom du jeune Sulthan, s'empressèrent d'accorder aux révoltés une augmentation de solde d'un demi-aspre par jour. Puis, voyant le calme momentanément rétabli, ils envoyèrent à Murad leur collègue Sarudjé-Pacha , pour lui exposer Timminence du péril, et le supplier, au nom de l'intérêt public, de prendre une troisième fois les rênes du pouvoir.
Noble appel, auquel répondit encore la grande âme du monarque.
Avec Murad, l'ordre public rentra dans Andrinople. Invité pour le même jour à une partie de chasse par Khalil, Muhammed trouva, au retour, son père établi dans le palais. Sans se plaindre, il se retira docilement à Magnésie, mais en vouant au ministre qui, deux fois en une année, l'avait fait descendre du trône, une haine implacable. Saganos-Pacha , très-influent sous le jeune Sulthan, fut envoyé à Balikesri pour y vivre en simple particulier, et Khalil-Pacha reprit, comme grand vézyr, le haute direction des affaires \
* Hammer, Histoire de Vempire ottoman.