LIVRE III
A peine en possession d'un pouvoir dont il n'allait plus se dessaisir, Murad tourna ses regards vers les provinces méridionales de l'ancien empire de Byzance en Europe, c'est-à-dire vers le Péloponèse et l'Albanie. Après l'incendie de Corinthe par Tourakhan, le Sulthan, longeant la côte septentrionale à travers l'Achaïe, vint assiéger Patras ', seconde capitale de la Morée, et Tune des plus anciennes cités de cette fédération achéenne qui, brisant, en 224, le joug macédonien, conserva pendant cent trente-cinq années son indépendance, défendit longtemps, contre les Romains, la liberté de la Grèce, et succomba, après la prise de Corinthe, sous le glaive du consul Mummius ; mais il ne tarda pas à se retirer après la conclusion d'un traité qui rendit tout le Péloponèse tributaire des Turks.
Au printemps de l'année suivante, irrité d'avoir vu ses plus renommés pachas successivement défaits par an rebelle, le Sulthan résolut de marcher lui-même sur l'Albanie. Ses préparatifs furent immenses; l'Europe et l'Asie lui donnèrent cent cinquante mille combattants : quatre-vingt-dix mille chevaux , soixante mille fantassins. A cette masse venait se joindre toute la
1 Une singulière opinion s'est accréditée parmi les Palréens actuels : ils croient que depuis le martyre de Tapôlre saint André, ceux de leurs concitoyens qui embrassent Tétat ecclésiastique meurent tous dans Tannée. Aussi nul n'est lente de courir une pareille chance, et Tarchevêque, ainsi que le clergé de la ville, sont étrangers. (PoDQDEviLLE, Voyage de la Grèce, tom. IV.)
maison du Grand Seigneur, une multitude d'aveaturiers et d'innombrables bandes d'esclaves, que le Sulthan traînait toujours à sa suite, pour recevoir les premiers coups de Tennemi, et servir, en quelque sorte, de pAture à sa fureur, vrais troupeaux destinés a la boucherie*
A cetie nouvelle^ une grande terreur se répandit dans l'Albanie.
M^nra ut la péril sans en être troublé^ Scanderbeg régla inmédialenent son système de défense : tenir la campagne devant une telle masse était impossible; s'embusquer dans quelque» lieux de difficile aceàs^ faarceler sans cesse l'ennemi, contrarier toutes ses opérations, tel fut son plan.
Il attendait avec impatience le début des Turka, quand on 1 informa qu'à l'entrée de la nuit cinq mille eafa^ liers avaient investi Sfétigrad^ et qae le lendenAain» 14 mai 1449, Murad^ en personne, était arrivé devant la place»
Partant aussitôt du camp de €roia, avec quatre mille chevaux et Baille fantassins, en vingt-quatre heures il arriva à deux lieues de Sfétigrad , s'établit dans un endroit protégé par des bois et des montagnes, s'y fortifia, sans relâche, à l'aide de fossés et de remparts de terre, distribua ses avant*postes, lança ses coureurs, prépara des embûches, prescrivit le silence et interdit les feux.
Puis, après s'être glissé, avec Tanusios et Thopia, à travers les forêts et les sinuosités des vallons, il gravit une haute montagne vis-à^vis dé Sfétigrad. De là on pou-