LIVRE Ili.— U
vait observer rarmée turke et découvrir se» points vulnérables.
Cependant l'épouvante qui régnait dans l'Epire préoccupait sérieusement Scanderbeg; cette contagion morale pouvait paralyser tous ses efforts : il résolut d^en arrêter lui-même les effets. Suivi de douze hommes seulement, vêtu en simple cavalier, il visita les places, s'arrêta, un peu plus de temps, à Cro'ia, sa capitale, parcourut la contrée entière, releva les courages et communiqua ^ toutes les âmes sa propre intrépidité.
A peine rentrait-il dans son camp, oà certes un peu de repos, après tant de veilles, de soucis, de fatigues, lui était bien nécessaire, que plusieurs envoyés des princes et seigneurs ses alliés demandèrent à le voir : ils venaient lui offrir une assistance collective. Sans le moindre retard, cet homme de fer les reçut dans sa tente, et les remercia , en leur expliquant que, pour le moment, ses forces étaient suffisantes. « Ne dégarnissez pas votre « pays, » ajoutait-il, ce ce serait Texposer aux invasions c< des Turks. Quant à moi, dès que loccasion de tenter « une grande bataille s'annoncera, j'invoquerai votre « vaillant concours. Jusque-là, tenez-vous prêts, mais a restez chez vous. »
Suivant l'usage, un splendide festin termina l'entrevue, et celte nuit fut encore sans sommeil.
Cependant Murad, avant d'en venir & un assaut, voulut essayer de la persuasion : un pacha, d'origine albanais, parlant la langue du pays, se présenta, en son
nom, aux portes de la ville; on l'introduisit par une poterne. Ce fut à l'église de Notre-Dame que Perlât, gouverneur, le reçut, en présence des principaux magistrats et des chefs militaires. Patiemment écouté dans l'habile développement de ses propositions, l'envoyé reçut une réponse qui coupait court à toute espérance de succès; Murad sut bientôt que la force seule pourrait triompher de l'inébranlable garnison. L'attaque commença donc.
À cette époque, Tartillerie était fort rare encore , et les Turks n'avaient amené que deux gros canons , avec quelques pièces légères. Quant aux Albanais, ils en étaient complètement dépourvus. Après trois jours d'un feu incessant, une large brèche étant pratiquée, un corps d'azabs ^ et des Janissaires furent commandés pour l'assaut.
Mais Perlât avait pris ses précautions : protégés par un immense cavalier , les assiégés écrasaient d'une grêle de traits les assaillants, ou les broyaient sous d'énormes pierres qui les entraînaient avec elles dans l'abime. Quelques Turks, se hissant le long de pentes moins escarpées, et parvenus au haut du mur, en saisissaient-ils hardiment les créneaux pour le franchir , à coups de sabre on leur tranchait les mains, et les malheureux roulaient mutilés au basde la montagne.
Exaspéré de cet échec, le Sulthan fit renouveler l'attaque par trois mille hommes; mais bientôt une pluie de feu, un déluge d'huile bouillante, de résine enflammée,
1 Fanlassins fournis par les provinces en temps de guerre^