LIVRE III
les arrêta. A moitié consumés, ils se portèrent sur un autre point qui paraissait plus accessible; déjà même ils commençaient à l'escalader, quand Perlât et sesDibriens vinrent les culbuter. Se rappelant Tordre de Murad qui condamnait à mort tout homme revenu avant la victoire ou avant un signal exprès, ces tristes et valeureux débris tenaient encore, quand les clairons sonnèrent la retraite.
C'est que les coureurs et un nuage de poussière annonçaient l'arrivée de Scanderbeg.
En effet, le terrible Albanais et cinq mille cavaliers accouraient au secours de Sfétigrad : leurs cris portèrent la joie dans la place, l'effroi chez les assiégeants. Mosès, toute l'infanterie, c'est-à-dire trois mille hommes et deux mille chevaux, étaient restés à une demi-lieue de là, dans un poste avantageux, qu'ils ne devaient quitter que sur un ordre formel.
Murad opposa d'abord une cavalerie très-supérieure en nombre; mais voyant, dès le premier choc, les siens plier, il mit en mouvement la plus forte partie de son armée. Alors Scanderbeg, pour n'être pas coupé, se replia vers Mosès; son but, d'ailleurs, était pleinement atteint, puisqu'il n'avait voulu faire qu'une diversion.
Le lendemain, il vint observer l'attitude des Turks; tout lui paraissant tranquille dans leur camp, Scanderbeg passa, avec ses troupes, dans la Haute- Dibre, où il choisit, à cinq lieues de l'ennemi, un poste inaccessible : là, se trouvaient sûreté, fourrages abondants et, avantage essentiel, proximité de Sfétigrad. Chaque jour, en effet,
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comme le lion autour de ta proie, i'Albanait rôdait aux environs, altéré de sang turk.
Le 32 juin, étant monté sqr unecolline avec son brave Tanusios et cinquante cavaliers, un speetacle inattendu frappa ses regards : hommes et chef aux, comme assoupis par une chaleur étouffante , étaient pèle-mèle étendus sur l'herbe; pas de sentinelles, seulement les étendards et les drapeaux plantés çà et là; partout profond silence, sécurité entière.
M O la belle vue, mes amis, » s'écria alors Bcanderfoeg, « 6 le ravissant tableau 1 Voilà donc le redoutable maître m de rOrient, la terreur des nations, qui, tant de fois (( a décoré ses palais des dépouilles hongroises» des tré- « sors de r Asie et des richesses de la Moréé, le roilà donc « enseveli dans le sommeil, épuisé par la fatigue ; le « voilà vaincu par la petite garnison de Sfétigrad, et « plus semblable lui-même à un assiégé qu'à un assié- « géant I )>
« Au lieu de guerriers, ne croirait*on vraiment pas « voir des troupeaux de bétes immondes? Ah ! pouN <x quoi tous les princes chrétiens ne peuvent- ils, comme c< nous, jouir, en ce moment, d'un tel spectacle?
« Mais hàtons-nous, tant qu'il reste un peu de jour; a retournons au camp, déployons nos enseignes, arec mons nos frères; et que cet ennemi, qui sait si bien a dormir, ne se réveille plus 1 »
Telle était son impatience, qu'on ne laissa pas même aux troupes le temps de manger : chacun emporta des