‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 56 sur 217 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

vivres pour un jour. Un épais brouillard favorisait cette marche.

Aux approches du eamp^ deux hommes d'une valeur à toute épreuve furent détachés pour explorer les quartiers ennemis. Mosès, déguisé en Turk, une épée sclavonne au cAté, voulut tout voir par lui-même; le brouillard s'était dissipé i un splendide clair de lune le servit à souhait.

Une fois renseigné, Seanderbeg harangua ses troupes, invoqua, comme toujours, l'assistance divine, et marcha droit aux InGdèles. En quelques minutes, ce camp immense, naguère si paisible, ne fut plus qu^un théAtre de carnage et de désolation.

c( Parquoy les circonciz rendans les Ames, gémissoient « souz la main de nos.chrestiens, et avec larges ruisc( seaux de sang craquetoient leurs gorges qu'on coupce poit ( si ardent estoit le désir d'un chacun de faire c( monstre à son prince des testes séparées des troncs, « comme gages certains de leur foy donnée, et remar- « ques de leur prouesse et vertu J *. »

Quand Murad, remis de cette horrible surprise-, voulut utiliser ses autres troupes, il était trop tard : Seanderbeg, averti à temps, s'était retiré. Du côté des Turks, deux mille tués et six cents blessés; les Albanais n'avaient perdu que quarante hommes.

Cet échec atterra le Sulthan. Pour dissiper la noire mé-

* Jacques dp Layardin , U$st,oin i§ imn Castmk^ sy^otmé Seanderbeg, roi d'Albanie.

lancolie de son maître, le pacha de Roumélie tenta trois assauts, et trois fois les assiégés le repoussèrent.

Alors Murad résolut d'en finir à tout prix. Cette fois, éclairé par l'expérience, il détacha Fizour-Pacha avec douze mille chevaux et six mille fantassins, pour contenir l'Albanais, et empêcher toute diversion. MaisScanderbeg en fut aussitôt informé par ses espions et par de nombreux déserteurs.

A chaque instant, les Turks essuyaient de nouvelles pertes : tandis que, tenant tète aux janissaires, Uranoconte les décimait par de fréquentes sorties, l'infatigable guerrier apparaissait nuit et jour aux assiégeants, et les forçait eux-mêmes à se retrancher.

Pour ses expéditions nocturnes, Scanderbeg choisissait des hommes doués, comme lui, d'une force extraordinaire, avec ordre de passer des chemises sur leurs vêtements pour se reconnaître entre eux; c'est ainsi qu'à la faveur des ténèbres, ils moissonnaient tant de victimes. Souvent ses soldats se joignaient, dans la mêlée, à ceux d'Uranoconte, et alors les assiégés emmenaient avec eux des renforts dans la place.

Cependant, un matin, dès les premiers feux du jour, les trompettes turkes ayant sonné l'attaque, toute la montagne se hérissa soudain de combattants altérés de vengeance, dévorés de la soif du butin. Un moment la fortune sembla favoriser le Croissant; mais l'intrépide Perlât , se multipliant sur. tous les points menacés, reprit l'avantage. Aussi les assaillants commençaient-ils à

Page 1