LIVRE
se ralentir, quand retentit ce cri formidable : « Voici Scanderbeg! »
Alors Fizour-Pacha, qui le surveillait, s'avança â sa rencontre en lui jetant ce défi : « Sans combat, point « de passage. »
Comme s'il eût été intimidé par la supériorité du nombre, Scanderbeg, avec ses neuf mille hommes, rétrograda un peu ; sa vraie pensée était de se choisir un champ de bataille plus favorable; non loin de là se tenait Musakhi, avec quinze cents combattants, réserve destinée, en cas d'échec, à protéger la retraite.
Une fois l'emplacement déterminé, l'Albanais forme ses troupes et s'avance résolument.
De son côté, Fizour-Pacha, pour couvrir la marche de quatre mille chevaux qu'il vient de détacher, étend son armée sur une seule ligne, ayant beaucoup de front et peu de profondeur; ce détachement, à l'aide d'un long circuit, doit prendre Scanderbeg par derrière. Mais celuici a vu le mouvement : opposant à Fizour-Pacha Mosès avec le gros de ses forces , il lui recommande néanmoins d'éviter autant que possible une affaire générale, et de se borner, jusqu'à son retour, à des escarmouches^ tourne promptement, avec deux mille chevaux, sur la droite^ vole à la rencontre des quatre mille qui devaient le couper, les atteint, et, malgré une vive résistance, les culbute.
En partant, Scanderbeg avait envoyé à Musakhi l'ordre de rejoindre immédiatement Mosès, avec ses quinze cents
eheraux, pour remplacer les deux mille qu'jl emmenait.
Accouru aussitôt, Musakhi était déjà tombé sur Taild gauche du pacha et la travaillait vivement. Comme une 9ÊÊBg grande distauce séparait lei uns des autrei, au lieu d'un combat , il y en avait trois : celui de Mosèa avec la droite et le corps de bataille du général turk, celui de Musakhi avec la gauche, œlui de Scanderbeg avec le détachement.
Un incident singulier signala cette journée : oomme Moièfl, attentif aux scènes diverses de ce drame guerrier, et résolu à ne rien donner au hasard^ contenait sagement la fdugue des siens , Fizour-Pacha se prit A narguer bruyamment les chrétiens, en leur reprochant leur lâcheté :« Où donc, » s*écriait-il, oc cet intrépide roi d'Àl- « banie se cache*t-il? C'est à lui seul que j'en veux, et oc non à ce vil troupeau de bandits, de vagabonds. Qu'il € vienne enfin, qu'il ose paraître devant moi, et bientôt €( mon bras en aura fait justice. »
Mais l'arrogant pacha en apprit plus qu'il n'en vou* lait savoir : car la déroute de ses troupes lui annonça la présence de Bcanderbeg arrivant à fond de train, et chas<sant devant lui une multitude en désordre. A cette vue, plus excité encore , Fizour redouble de provocations, et menace Scanderbeg du geste et de la voix. Dédaignant de telles injures , les chefs albanais exhortaient leur prince à n'en tenir aucun compte : mais la patience en pareil cas n'était guère une vertu à l'usage de Scanderbeg; Malgré leurs instances, il court droit à aon ad-