‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 61 sur 217 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

majeure partie de ses troupes, et rendez-vous dans deux mois fut donné pour reprendre Sfétigrad. Comme il importait de surveiller les Turks hivernant en Macédoine, deux mille cavaliers et mille fantassins s'établirent sur la frontière.

Affranchi un moment des soucis de la guerre, le prince épirote reporta toute son activité sur Tadministration intérieure; de sages règlements garantirent le cours de la justice, si souvent interrompue, et, par cela même, si difficile à réorganiser; le commerce, longtemps comprimé, reprit quelque essor ; les églises sortirent de leurs ruines; la religion, ce premier besoin des peuples, retrouva sa bienfaisante influence. Sous une main puissante, l'Epire, cicatrisant ses blessures, renaissait à une nouvelle existence.

Mais cette prospérité, œuvre d'un homme, reposait sur lui seul; avec la colonne, l'édifice devait disparaître. Aussi la nation , reconnaissante à la fois du présent et inquiète de l'avenir, désirait-elle vivement qu'un mariage assurât la postérité de son chef bien-aimé. Obtenir de Scanderbeg une semblable détermination ne semblait pas chose facile; son activité prodigieuse, cette inévitable nécessité d'être tantôt à une extrémité de ses possessions, tantôt à une autre, ce mouvement perpétuel de sa vie guerroyante, tout semblait lui rendre l'isolement indispensable.

Il importait de savoir à quoi s'en tenir. Quelques-uns de ses plus intimes amis ayant un jour abordé la ques-

lu UISTOIRE DE SCAxNDERBEG.

tion : a Qaoi donc, » leur répondit d*abord le prince en plaisantant, « me conseilleriez-vous , après avoir « brisé le joug des Turks, de me soumettre au joug « d'une femme? » i^uis, reprenant le ton sérieux, il op^ posa des objections puisées dans son dévouement même à tous ses devoirs.

Mais comment ne pas céder enfin à tant d'instances réitérées? Scanderbeg promit d'exaucer le vœu public, dès que Sfétigrad serait arrachée aux Turks, ce dont il allait s'occuper immédiatement.

En effet, leSO septembre 1449, avec dix mille fantas sins et huit mille cavaliers, il arrivait devant cette place.

Comme la garnison était composée d'arquebusiers, tous hommes d'élite, son quartier et celui de sa gendarmerie ne s'approchèrent des murailles qu'à une distance convenable. Quant à l'infanterie, elle s'avança davantage, mais en s'abritant derrière de hautes palissades. À cette époque, Scanderbeg était le seul capitaine chrétien toujours en action, toujours bataillant contre les Infidèles. Aussi, attirés par sa renommée, une foule d'étrangers se présentaient-ils sans cesse à son service. Parmi eux on voyait des Italiens, des Allemands portant l'arquebuse et l'arbalète; desEsclavons, habiles à manier le sabre; des Français, toujours et partout en quête de périls et de gloire; ils dirigeaient rartillerle : spécialité guerrière, vocation triomphale! L'arc était l'arme ftivorite des Albanais.

Non-seulement il fallait enlever aux assiégeants toute

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