‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 62 sur 217 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

facilité de secours, mais même toute espérance d'en recevoir : Strésa et Tanusios, avec de forts détachements, interceptèrent complètement les communications.

Alors Scanderbeg somma les assiégés de se rendre; on leuroffraitlacapitulationrécemmentaccordéeparMurad.

« Une place qui a coûté tant de sang, » répondirentils fièrement, « ne peut se racheter que par le sang.

(( Chrétiens, perdez-en autant que nous, avant de « faire des sommations. Au reste, vous allez voir si les K superstitions dibriennes nous désarment aussi. »

Ils tinrent si bien parole, que, le 23 octobre, un mois après le commencement des opérations, Scanderbeg, malgré l'admirable courage de ses troupes, leva le siège. Privé de grosse artillerie, il ne pouvait battre la place, ni faire brèche. Dans les divers assauts, cinq cents des siens avaient péri.

Ce qui Fentratua à cette prompte détermination, c'est la nouvelle que Murad se préparait à rentrer en Epire avec des forces plus considérables encore. Bien qu*il lui en coûtât de renoncer à une position si essentielle à la défense du territoire, et de laisser ainsi Tennemi implanté en Epire, Scanderbeg sentait la nécessité de ne pas consumer ses forces en détail, mais de les réserver pour les menaçantes éventualités qui s'annonçaient. Déjà en mouvement, toutes les troupes ottomanes devaient se réunirle 15 mars à Andrinople.

A peine de retour à Croïa, le prince épîrote, sans se donner un jour de repos, organisa la défense; du salut

UG HISTOIRE DE SCANDEUBEG.

de cette place, si forte d'ailleurs par sa situation et par les travaux d'art qui la protégeaient, dépendait le salut de tout le pays. Il l'approvisionna de vivres et de munitions pour plus d'un an. L'artillerie était insuffisante : il l'augmenta autant que possible, et la confia à l'intelligente valeur des Français. Toute la population impropre au service, femmes, vieillards, enfants, fut envoyée sur les terres de Venise, et remplacée par des soldats de choix. Déjàgouverneurde la ville, l'intrépide Uranocontes reçut la confirmation de ses pouvoirs; nul n'était plus digne d'une telle confiance.

Ayant ainsi pourvu aux besoins de sa capitale, Scanderbeg prit les mêmes précautions pour Pétralba, Stellusia et autres places. Une partie de l'hiver fut employée à parcourir l'Albanie, à choisir les postes d'où il pourrait secourir Croïa. Neiges, glaces, pluies torrentielles, rien ne l'arrêtait. Déguisé en pâtre, il se glissait jusque sous les murs de Sfétigrad; là, il avisait aux moyens d'arracher leur proie aux infidèles. On le vit aussi, suivi de dix hommes seulement, visiter les princes ses voisins, et les gouverneurs des villes vénitiennes, en s'efforçant de les bien convaincre de l'immense danger qui les menaçait tous, danger qu'une immense énergie pouvait seule conjurer.

Au dehors, rien ne révélait les préoccupations de cette Ame indomptable : enjoué, le sourire aux lèvres, d'une inaltérable bonne humeur, il avait le calme de la force; et ce calme, il le répandait autour de lui.

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