‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 63 sur 217 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Le 5 avril 1450, Pavant-garde turke (c'est-à-dire les Akindjis) vint camper aux environs de Croïa; son commandant Sewali avait ordre d'intercepter tous les abords. Trois jours avant son arrivée, Scanderbeg, pour affamer la cavalerie ennemie, avait fait couper, à cinq ou six lieues d'alentour, toute l'herbe des champs; puis il s'était retiré à quatre milles de Croïa, sur le Tumistos', montagne à portée de l'ennemi. Vers la fin du même mois, le Sulthan apparut en personne, avec un matériel énorme et une formidable armée. 'Sans compter la multitude des fonctionnaires et serviteurs de toute espèce, cent soixante mille combattants étaient réunis.

A sa nombreuse artillerie de siège, portée par des chameaux, Murad ajouta dix énormes canons, fondus dans le camp même. Leur calibre dépassait de beaucoup celui des pièces dont on se sert aujourd'hui, mais le tir manquait de justesse.

Une batterie fut dirigée contre le côté de la muraille regardant la plaine deTyranna, à l'orient; uneautre, contre l'unique porte de Croïa, tous les autres côtés étant à pic et inabordables. Durant quatre jours, un feu incessant foudroya la place. Bientôt de larges brèches s'ouvrirent, l'assaut commença.

Des deux parts, même acharnement : les uns, en défendant la ville, défendaient la patrie tout entière ; pour les autres, la victoire pourrait seule effacer tant de pfécédentes défaites. Aussi le Sulthan avait-il promis de plendides récompenses.

Déjà lesTurks, poussant des cris terribles, gravissaient les pentes^ quand tout à coup le cri : /l tu? armes 1 retentit dans les quartiers les plus reculés du camp. C'était Scan«derbegetcinq mille cavaliers, sabranttout ce qu'ils rencontraient. Une fois la première surprise passée, le SuK than lance Seremet, l'un de ses plus braves capitaines^ avec quatre mille chevaux, mais trop tard; tels qu'une nuée d'aigles, les Albanais, rassasiés de carnage, avaient disparu.

Jamais Scanderbeg ne courut de tels dangers; comme englouti au plus épais des escadrons turks, il y était resté quelque temps seul, sans qu'aucun des siens sût ce qu'il était devenu. Ses forces commençaient à le trahir, son cheval chancelait, épuisé , quand un suprême effort le sauva. Percé de part en part, son bouclier tombait en éclats, et pourtant nulle blessure ne l'atteignit : évi^ demraent une main divine avait détourné les coups.

Dieu veillait sur le nouveau Machabée.

Vainement Murad multipliait les assauts; toujours averti à temps, soit par des feux allumés sur les montagnes, soit par ses espions, soit par sa propre et merveilleuse activité, le héros épirote déjouait toutes les attaques. Tantôt il interceptait les convois; tantôt s'intro*duisant dans les quartiers ennemis, il y mettait toute feu et à sang. Toujours sur le qui vive, et toujours surpris, leâ assiégeants n'avaient pliis un instant de repos. Généraux, soldats, tous se décourageaient.

Durant ce siège, chose bonteuse4 des marchands yéni-

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