LIVRE III.-1450-U
tiens approvisionnèrent abondamment le camp turk. Tristes ètresque ces hommes, n'ayant d'autre aspiration que le gain I Pour eux^ni saintes convictions, ni patrie, ni foi, mais de l'argent à tout prii, rien que de l'ar*gent.
Dans cette pénible situation, le Sulthan, toujours si haut de cœur, ne craignit pourtant pas de descendre à un moyen bien bas : la trahison d'un habitant lui avait livré Sfétigrad: à Croïa, il essaya de la corruption. Mais comme son courage, la vertu d'Uranocontes était inébranlable. Peu même s'en fallut que les émissaires turks ne payassent de leurs yeux, de leur nez, de leurs oreilles, la malencontreuse tentative.
Repoussé l'or et les armes a la main, Murad se décida à traiter avec son ancien sujet. Mais comme celui-ci, après chaque avantage, se retirait dans les forêts du Tumenistos ou dans les plaines de llhzmo ^ Yousouf, l'envoyé turk, chercha en vain, pendant deu jours, le chef albanais au fond des gorges et sur les haur* teurs : quelques habitants de Dibra l'accompagnaient* L'ayant enfln trouvé dans une plaine appelée le Champ- Rouye , à une lieue de la rivière, Yousouf lui offrit, au nom de son maître» la paisible possession des pays insurgés, moyennant un tribut de dix mille écus, somme que le négociateur pouvait, selon les circonstances» réduire de moitié.
i Ismon^ rivière qui , après avoir baign^ les murs de Pr^sa» s^ jette dans la mer Adriatique.
La fière réponse de Seanderbeg coupa court à tout arrangement.
Cependant tant d'échecs avaient altéré la santé du Sulthan. Une nouvelle et désastreuse irruption de Scanderbeg aggrava son découragement; la saison s'avançait, et, avec l'automne, revenaient les grandes pluies si contraires aux opérations du siège. Ebranlé par tous ces mofffs, Murad se décida a la retraite. Traînant après lui les débris de son armée, il perdit encore beaucoup de monde dans le passage des montagnes, et regagna péniblement Ândrinople.
C'est par erreur que deux historiens * attribuent la levée du siège de Croïa à la marche d'une armée hongroise : car ce siège fut entrepris vers le printemps de 1450, et c'est le 17 octobre 1448 que commença, entre les Turks et les Hongrois, cette mémorable bataille de Kossova qui dura trois jours, avec un indomptable acharnement, dans ces mêmes plaines déjà célèbres par la mort de Murad I^*" en 1389. On vit alors» trahi par les Yalaques qui passèrent à Tennemi, Hunyade, le
» Chalcondyle, Histoire des Turks et de la chute de l'empire grec ; — SiSMONDi, Histoire des Républiques italiennes du moyen Age , l. X.
Un savant professeur de TUniversité de Leyde, M. Hamaker, s'est chargé de publier Chalcondyle dans la nouvelle édition de la Byzantine, >mmencée en 18^7, à Bonn, par Niebuhr, et continuée aujourd'hui.
La collection des auleurs byzantins (Zonaras, Nicetas, Acominatus, Choniates, Nicéphore , Grégoras, Chalcondyle) fut formée sous Louis XIV et imprimée au Louvre, en 36 volumes in-folio, de 1644 h17H.