‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 66 sur 217 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

gement rétribués. A Brousse^ il éleva aussi une moisquée au milieu d'un bosquet de cyprès sous lesquels sont les tombeaux de ses femmes, de ses flls, de ses frères.

Murad fut pieux âans devenir persécuteur. C'est une justice que les èhrétienslui ont rendue. « Ne pouvant, » disaient les Grecs, c< être récompensé dans le ciel d'où a sa religion l'excluait, Dieu l'en dédommageait sur la c( terre en lui envoyant toutes sortes de prospérités. »

Avait-il essuyé quelque échec à la guerre? «Quand ie « Créateur est contraire , » répétait-il constamment > « que peut faire la créature? » Et il voyait dans les péchés de son peuple, dans ses propres péchés surtout, la cause des infortunes subies.

Son âme était empreinte d'une véritable grandeur : ainsi, après le premier siège de Constantinople, l'absence, les malheurs de Paléologue, les injures même qu'il en reçut» rien ne décida Murad à hâter les dernier» moments de Byzance *.

Parmi les monarques ottomans, il est le premier qui ait construit dés ponts d'une grande longueur; par ses ordres, on en jeta un sur de vastes marais entre Salonique* et Yèni-Chèir; un autre à Erkènè, ayant cent soixante et onze arches i un troisième à Angora. Le produit du péage de ce dernier pont était consacré àilx pauvres de la Mecque et de Médine.

Né au sein des discordes intestines, Murad déploya,

^ Gibbon, Hiitoire de la déûàdmoê et de la chute de l'empin romain.

124 HISTOIRE DE SCANDERBEO.

jusqu'à son dernier jour, un remarquable courage. Ses conquêtes furent nombreuses ^ mais beaucoup d'entre elles n'étaient que la récupération d'anciennes possessions enlevées à l'empire turk. C'est ainsi qu'en Orient il reprit, sur le traître Cinéis^ Smyrne etEphèse^ et sur ce faux Mustapha, rival suscité par l'empereur Manuel, la célèbre Nicée en Bithynie, Iconium, Konieh en Cappadoce, Laranda et tous les pays dont l'imposteur s'était emparé. Entré en campagne pour réunir à ses autres provinces celles de Sipha ou Sinope et de Kastamouni en Paphlagonie, il y renonça, cédant aux prières d'Ismaël, mais sous la condition que, chaque année, à titre de tribut, ce prince lui fournirait une masse de cuivre fin égale au volume de sa personne. La Cilicie, la Pamphylie, la Lycaonie, étaient tombées en son pouvoir : Murad les restitua au prince de Karamanie, qui, dans la suite, n'oublia que trop ses protestations de reconnaissance. Il soumit au tribut cette portion de la Phrygie, de la Galatie et de la Cappadoce obéissant au prince des Turcomans de Durgut; prit d'assaut, dans le même pays, Ak-Sérai {Ville-Blanche) j l'ancienne Antioche, sur la frontière de Pisidie; s'empara d'Izmir, cette florissante Smyrne qui jadis avait réclamé l'honneur de la naissance d'Homère, et de Mentech (Myndus), d'Aïdin,

^ Fils de Karaçou-Pacha, gouverneur de Smyrne sous le règne de Baïezid, et devenu redoutable à force de courage et de perfidie; il finit comme il aurait dû commencer : quatre bourreaux Fassommèrent pendant son sommeil.

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