‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 73 sur 217 · LIVRE III.— 1450-1454. i;n · texte numérisé non relu

LIVRE III.— 1450-1454. i;n

bienveillance. <c Pourquoi, » ditHuhammed, ens'adres- « sant au chef des eunuques, a pourquoi mes vézyrs se (1 tiennent-ils si éloignés? Dis à Khalil qu'il prenne son 0 rang accoutumé ; quant à Ishak-Pacha, je lui confle, (( comme gouverneur d'Ânalolle» le soin d'accompagner a à Brousa les restes sacrés de mon père ^ d

Ainsi confirmé dans sa haute dignité, Khalil s'approcha du Sulthan et lui baisa la main. Ishak-Pacha, en conduisant à leur dernière demeure les dépouilles mortelles de Murad, déploya, durant la marche funèbre, une pompe inaccoutumée ; l'or des aumônes coulait à pleines mains*.

Cette fois Muhammed tenait pour toujours ce pouvoir tant convoité'! Un jeune frère, encore à la mamelle, lui causait quelque ombrage : fils légitime de Murad et de la princesse de Servie, tandis que Muhammed n'était que le fils d'une esclave, peut-être dans l'avenir Ahmed élèverait-il quelques prétentions à l'empire : Muhammed le fit noyer dans un bain, au moment où la veuve éplorée, ignorant sa nouvelle infortune, venait féliciter le bourreau de son enfant. Puis, un même char funèbre porta, en grand appareil, au même tombeau^ l'innocente victime et son père.

Mais un acte aussi odieux pouvait révolter la conscience publique; Muhammed brisa l'instrument ; c'était désavouer le crime. Dès le lendemain, le meurtrier Ali, fils

1 Ducas, XXX,pag. 427.

* Hammer, Histoire de Ven^ire ottoman, tom. IL

d'Ewrenos, fut rois à mort. Quant à la mère d'Ahmed, elle fut contrainte d'épouser un esclave nommé Ishac. Muhammed eût volontiers infligé une semblable humiliation à sa seconde belle-mère, la princesse de Servie, mais prévoyant qu'un tel affront allumerait la guerre, il la renvoya à son père, comblée de présents, et lui assigna un douaire considérable.

Voilà le début du nouveau Sulthan.

Mara, veuve de Murad, venait de quitter Andrinoplé; elle portait à son père une lettre du Sulthan , destinée à resserrer Talliance entre les deux princes, lorsque Constantin Dragozèsseprésentadevant Muhammed, pour le complimenter, au nom de l'empereur grec et de son frère Démétrius, despote du Péloponèse. Après le plqs gracieux accueil, Muhammed jura de maintenir la paii accordée à Démétrius par son père * ; il promit solennel-» lement aussi à l'ambassadeur grec de payer, avec les revenus de quelques villages situés sur le Strymon, une somme de trois cent mille aspres pour lentretien d'Ottr* khan, petit-fils de Suleïman, retenu depuis longtemps A la cour de Constantinople.

Serments trompeurs qui devaient être bientôt violés, et le jour n'était pas loin où les Grecs entendraient retentir le cri de guerre ; car jamais Muhammed, toutes les fois que son intérêt le lui commandait, pourvu qu'il eût la force et le nombre de son côté, ne se fit scrupule de violer sa parole.

* Ducas, 1. c, p. 430. Chalcondyle, à la fin du liv. VII.

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