LIVRE III
bonheur de voir abdiquer l'antipape Félix Y * et d'éteindre ainsi le grand schisme, le roi de Hongrie, Philippe, duc de Bourgogne, envoyèrent à Scanderbeg des ambassadeurs» avec de riches subsides, pour adoucir les maux d*une si rude guerre. Depuis longtemps Alphonse V, le Magnanime t roi d'Aragon, de Naples et de Sicile, avait voué au héros albanais une affectueuse admiration : non content de lui ouvrir son trésor, il lui expédia trois cent mille muids de froment et cent mille muids d'orge.
Mais Scanderbeg n'était pas homme à s'endormir sûr un succès.
Après quelques jours donnés au repos, la vie sérieuse, la vie prévoyante reprit son cours; on entoura la ville de nouvelles fortifications, en proportionnant les moyens de défense aux récents progrès de l'art d'attaquer ; les terribles effets de l'artillerie nécessitaient de tout autres combinaisons.
Parmi tant de préoccupations publiques et privées^
sous l'influence de tant d'épreuves passées, présentes et
à venir, Scanderbeg se flattait, au fond de Tàme, que
certaine promesse, faite par lui l'année précédente, se
rait tombée en oubli, ou que du moins on ne l'invoque*
raitpas encore; et gagner du temps, c'était beaucoup.
1 Amé VIII, premier duc de Savoie (par lettres patentes de Tempereur Sigismond, datées de Ghambéry, le 19 février 4416). Reconna par Eugène lY pour le second personnage de TÉglise, déclaré cardinal-légat du Saint-Siège dans tous les États de la Maison de Savoie, en Suisse et dans une partie du Lyonnais, etc., Félix V abdiqua à Lauzanne, en avriH449^ la dignité ponliGcale, et le concile de Bâle fut dissous. Le gouvernement d'Ame YIII avait été doux et sage : aussi
m HISTOIRE DE SCANDERBEG.
Mais son attente fut déçue. Les instances devinreot même telles ^ qu'il fallut céder. Se prêtant de tonne girftce à l'accomplissement du vœu généra), jl époosa^^n mai 1451 , la belle Donica, fille d'Ârrianites, le plus M*lustre, le plus puissant seigneur derAIbanieméridioiftale*
Princes voisins, villes, campagnes, tous prirent part à det heureux événement, gage si impatiemmentattendtide k sécurité publique. Venise, avecsesfélicitatiom^, efovoya de riches présents. Mais les dons du roi Alphonse hril- Iffient d'une telle magnificence, que d'abord Scamderbeg ne voulut point les accepter. Pour vaincre son refuSy il fallut tonte l'insistaDce des ambassadeurs espagnols. Scanderbeg n'en pouvait rendre d'aussi splendtdes :M m offrit de glorieux ; c'étaient des armes, des chevaux^ dei esclaves , des étendards , dépouilles conquises wx lei Tnrks. L'esprit guerrier des populations albanaisiM éclata dans des tournois, dans des luttes, dans des jeux eù l'adresse le disputait au courage.
Depuis longtemps Scanderbeg n'avait puinspecter t<ni-f tes les frontières, villes etcontréesde ses domaines. Aussi^ tôt après les fêtes du mariage, il entreprit,avec sa nouvelle conipagne, cette importante visite. Une nombreuse ca-* Valérie les escortait. Partout ce fut une ovation touchante; des flots de peuple se pressaient sur leurs pas,
le chroniqueur Olivier de La Marche disait-il qu'en Savoie seulement on trouvait alors sûreté, richesse et bonheur.
Ce bel éloge, plus d'un prince de celle illuslre race Ta mérité depuis.