‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 77 sur 217 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

lindrîque, en étoffe de soie de diverses couleurs, tel était son costume. Aimant le luxe et la magnificence, ses vêtements, ses armes, la bride, la selle, les housses de ses chevaux étincelaient d'or et de pierreries.

Calme en face du danger, vigilant, infatigable, constant dans ses entreprises, d'une intelligence égale à son ambition , châtiant inexorablement chez les autres , quand il n'en devait pas profiter, l'injustice et l'iniquité dont sa conduite personnelle offrait les plus détestables exemples, armé de forces immenses, à la tête de multitudes fanatisées et braves, sans autre conscience que sa volonté, sans autre foi, sans autre dieu que lui* même, souillé de mœurs hideuses, Muhammed allait épouvanter le monde de sa puissance et de ses excès. Voilà l'ennemi contre lequel Scanderbeg aura sans cesse à lutter, le formidable monarque qu'il battra sans cesse.

Dans la volonté du nouveau Sulthan, l'Albanie et son prince étaient condamnés d'avance. Toutefois l'explosion de sa haine fut un moment différée. Ayant appris que Géangir-Shah préparait contre lui de puissants armements, Muhammed offrit la paix à Scanderbeg, sous l'unique condition du tribut annuel le plus modique: mais, comme son père, il n'essuya qu'un refus. Pour confirmer notoirement sa réponse, Scanderbeg fit aussitôt sur le territoire turk une véritable razzia^ et, après avoir laissé des forces suffisantes sur les confins de la

Macédoine, il ramenâtes siens chargés de butin.

Revenu à Croïa, il convoqua immédiatement les principaux citoyens de la ville, ainsi que ses lieutenants. Saisir Theureuse occasion des embarras de Hubammed du côté de la Perse, reprendre Sfétigrad ou enlever (à Textrémitéde FEpire) Belgrade, se jeter sur la Turquie, et consacrer ainsi les grands secours envoyés par le Saint- Père, par le roi Alphonse et d'autres princes, non au bien-être particulier de l'Epire, mais au bien général de la chrétienté, tel fut le plan qu'il leur soumit, et qui n'obtint pas leur approbation.

Trop brave, trop dévoué pour devenir suspect de découragement, Uranoconte, interprète de tous, exposa loyalement ses objections : elles étaient sages ; Scaoderbeg les accueillit. On remit donc à une autre époque cette campagne désirée.

Mais s'il n'alla point provoquer le Sulthan, celui-ci^ débarrassé de sa guerre avec les Perses, ne tarda point à lui donner de ses nouvelles.

Scanderbeg, suivi d'Hamza, était venu rejoindre sa jeune femme à Pétralba, fraîche et douce contrée où, depuis son mariage, Woïsava passa tous ses étés; l'hiver, elle rentrait à Croïa, et, quand les Turks envahissaient ou menaçaient l'Albanie, elle se relirait, avec toute sa maison, à Colchino, ville maritime des Vénitiens. Le château s'élevait sur une hauteur au pied de laquelle s'étendait une vaste plaine parée de tous les dons de la nature , et admirablement fécondée par le travail de l'homme. Autour de cette fertile campagne, çà etlà^

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