LIVRE I
d'étroits vallons, des massifs d'arbres, et ponr éviter toute surprise, de nombreux postes militaires.
A peine Scanderbeg y avait-il goûté quelques instants de repos, qu'il apprit les menaçantes dispositions de Muhammed. Ramenant en toute hâte la princesse à Croïa, il rassembla la milice disponible, et gagna la Basse-Dibre avec cinq mille hommes seulement : c'était là son lieu habituel d'observation. Mosès, avec un autre corps, se tenait sur la frontière : il avait ordre de n'engager seul aucune action, mais d'attendre que les deux corps d'armée fussent à portée de jonction.
Dix jours ne s'étaient pas encore écoulés, lorsque le canon de Modrissa annonça l'ennemi. Aussitôt Scanderbeg, profitant dune nuit obscure, vole au-devant des Turks. Ceux-ci, au nombre de douze mille, commandés pat* Hamza-Pacha (même nom que le neveu de Scanderbeg), s'avançaient en toute hâte. Après avoir franchi la montagne de Mocrée, ils firent une halte dans la vallée qui s'étend entre cette première montagne et celle de Modrissa, et commencèrent à gravir la seconde pour se répandre dans la plaine.
Heureux de surprendre ainsi la vigilance de l'Epirote, ils marchaient sans défiance, quand tout à coup Scanderbeg, s'élançant de son embuscade, fond sur eux comme une avalanche : hommes et chevaux, tout roule pèle-mèle au pied de la montagne. En même temps, une partie de l'infanterie s^attache à ceux qui avaient déjà atteint le sommet, coupe les jarrets des chevaux et
lue les hommes. D'an autre côté, Hamia, mandé par son oncle, avec un fort détachement de cavalerie, avait longé une pente moins escarpée; et, débouchant dans la vallée, il y massacrait toute l'avant-garde ennemie. C'est là qu'il prit le pacha lui-même. Sept mille Turks périrent ; tous leurs étendards, tous leurs bagages tombée rent au pouvoir du vainqueur, dont la perte ne s'éleva qu'à trente hommes.
Scanderbeg voulut que l'Hamza chrétien restât seul matire de l'Hamza turk ; puis abandonnant tout le butin à ses soldats, il courut inspecter la frontière, et, peu de jours avant Noël, il rentrait à Croïa.
Terrible dans la mêlée, ce même homme, après lecombat, comblait ses prisonniers de bienveillance. Un tel ac cueil surprit le pacha et l'enhardit à solliciter .la faveur d'une rançon pour lui et ses compagnons d'infortune« Sa prière fut accueillie, le prii stipulé, et deux captifs^ d'un rang élevé, allèrent à Andrinople implorer l'assen* timent du Sulthan.
La négociation fut laborieuse : irrité du récent échec-, Muhammed accusait son général tantôt de trahison> tantôt d'ineptie ; mais enfin , phénomène assez remarquable chez lui, il céda. Ayant reçu des deux envoyé» la somme convenue, Scanderbeg en donna plus de 1^ moitié à son neveu; le reste fut partagé entre les com^ battants de Modrissa et le camp de Mosès. Non moin« généreux que son oncle, Hamza distribua sa part entre ses compagnons. Quant au pacha , il ne quitta pas*