‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 79 sur 217 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Scanderbeg sans de vifs regrets : on loi attribua même d'importantes révélations sur les projets hostiles de Muhammed, comme sar les moyens de les déjouer.

Déjà son successeur était nommé ; Debréas, officier d'une présomption égale à sa renommée, avait brigué ce périlleux honneur. Un moment néanmoins, en en* tendant Hamza-Pacha raconter les merveilleux hauts faits de Scanderbeg et l'insigne bonheur de ses armes, il hésita. Mais bientôt la confiance en lui-même ayant repris le dessus : il partit plein d'espoir.

Arrivé à marches forcées, à la tète de quinze mille hommes, au delà du mont Polog, dans une vaste plaine qui sépare la Bulgarie de l'Epire, ifVy arrêta en attendant le jour. D'un côté s'élevait la montagne de Mocrée; de l'autre était Scopia (Ouskoub), petite ville située au confluent de TObreska avec le Verbaz. La riche vallée de Scopia offre de toutes parts dès champs cultivés et dé nombreuses habitations; quelques collines, clôture de la plaine, allaient se rattachant au mont Polog *•

C'est là qu'une surprise peu agréable accueillit le téméraire pacha.

Pour lui épargner les fatigues d'un plus long voyage, Scanderbeg était accouru au-devant de lui avec six mille cavaliers. Une fois à distance convenable, il détacha Mo* ses en éclaireur. Suivi de dix hommes seulement, ce-

I « Id locî nomen patriâ Serbiorum lingaft sonat , nemus dei, »

(GoTT. Sbbitt., Servie, c. vi.)

II n'y apparaît aucune irace du volcan qu'on prétend y avoir existé.

lai-ci, se glissant dans les fourrés, peut, à la faveur da clair de lune, reconnaître très-distinctement le nombre des ennemis et leurs dispositions.

Ainsi renseigné, et voulant proGter de la nuit, Scanderbeg presse la marche. Comme pour la protéger à la descente de Mocrée, avant l'entrée en plaine, quelques nuages s'étendirent au ciel. Mais bientôt tout a changé de face; un vent violent s'élève, d'éblouissants éclairs semblent incendier la campagne, le tonnerre gronde avec fureur ; des torrents de pluie inondent le sol. Serait-ce là quelque sinistre présage? Une superstitieuse inquiétude commence à troubler la colonne albanaise ; chacun semble interroger d'un regard anxieux son voisin. Scanderbeg s'en aperçoit; raillant cette hé^sitation, il gourmande gatment les premiers rangs, secoue, en riant, le porte-étendard : « Mauvais prophète, lui dit-il, « perds-tu la tète? En avant! et sans prendre « garde à ces giboulées de mars, courons à l'ennemi ; le « beau temps sera des nôtres! »

Ces paroles sont à peine prononcées, que la pluie cesse, les étoiles scintillent, la lune reparait; la troupe, reprend joyeusement sa course, et Debréas a en face de lui des gens qu'il croyait bien loin. Ce ne sont d'abord que des escarmouches. Mosès , ne voyant pas chex les siens l'énergie accoutumée", se met à leur tête, les enlève, charge à fond, et force l'ennemi à regagner le gros de l'armée turke. Le pacha croit néanmoins que tout va se borner à ce premier choc ; comment supposer

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