LIVRE III
(( tous deux vous plaidez sur ce qui m'appartient. Cet « argent, dont j'ignorais l'existence, je n'ai pu te le ce donner, Musakhi; et toi, mon enfant, tu n'aurais pas <x dû frauder ainsi ma clémence; car, en vertu du droit (c de la guerre, ta vie même est à la merci d'autrui, « nul autre bien, à plus forte raison, ne t'a pu être ré- « serve. Toutefois, sans me rendre juge en ma propre « cause, je demande s'il y aurait justice à ne pas adou- « cir, en faveur d'un prisonnier, ce rigoureux droit de la « guerre? Non, sans doute. De mon propre mouvement, « je te donne donc tout, Musakhi ; mais, de ton côté, (c rends à ce jeune homme sa liberté. »
Momentanément débarrassé des Turks, Scanderbeg reprit le dessein d'assiéger soit Sfétigrad, soit Belgrade. Après y avoir mûrenfent réfléchi, ce fut à celte dernière opération qu'il s'arrêta. Mais il voulait des chances favorables. Or, l'expérience lui avait appris que ses Albanais, si aptes au combat;^ Tétaient moins aux sièges.
En cette conjoncture, le prince épirote s'adressa à son ami le roi Alphonse; sa lettre commençait ainsi : c< Mes a soldats, roi très- catholique, n'ont appris à com- (c battre que les hommes : quant aux murailles , ils n'y « entendent rien. »
Cinq cents arquebusiers, cinq cents arbalétriers, du canon et des arlillears lui furent immédiatement envoyés. A ce secours, Alphonse ajouta de l'or, trois cent mille muids de froment, et cent mille muids d'orge; une plaisanterie terminait sa réponse : « Mes Italiens », disait le
roi ,« sont fort entreprenants; prenez garde qu'avant a d'avoir affaire auxTurks, ils ne s'amusent à troabler le « repos des maris albanais. »
Bientôt Tarmée expéditionnaire^ forte de huit mille cavaliers et de sept mille fantassins, parut devant Bel*grade. Cette place, se dressant à la pointe d'un roc escarpé, n'avait que mille hommes de garnison. Le gou-* verneur aurait volontiers mis dehors tous les bourgeois qui, en qualité d'Epirotes et chrétiens, lui donnaient plus d'inquiétude que d'assistance; mais il avait trop tardé, et la présence de l'ennemi rendait cette mesure impossible.
Une fois les batteries en place, l'artillerie commença son feu ; le quatrième jour, les brèches étant déjà larges et les fossés presque comblés des débris de la muraille^ Scanderbeg fit retirer les canons; dès la pointe du jour l'assaut commença. Les troupes y marchaient avec allégresse, quand parurent deux parlementaires. Conduits devant le prince, ils lui demandèrent, si la garnison se rendait sur l'heure, quelles conditions elle obtiendrait : — « La vie, la liberté, rien de plus. »
La réponse ayant paru trop dure aux assiégés, ils sollicitèrent une suspension d'armes d'un mois, sauf à subir la capitulation proposée, si, jusque-là, nul secours ne leur était arrivé.
En entendant cette nouvelle proposition, Scanderbeg la traita d'absurde, de dérisoire. « Je veux bien vous ac- (c corder encore, » leur dit-il, « la nuit prochaine pour « trouver quelque proposition moins inacceptable; passé