LIVRE
« ce délai , uu assaut général vous apprendra si nous (( sommes venus ici pour vous regarder pendant un « mois, les bras croisés. »
Cette résolution si sage, il eut le tort de la soumettre à un conseil de guerre, qui insista pour une trêve de seize jours, et le tort plus grave d'y consentir. D'une indomptable énergie les armes à la m«iin, plus d'une fois Scanderbeg manqua y dans la pratique des afifaires, de cette ténacité qiii, réunie à un sens droit, devient une qualité de premier ordre. Pour réparer les inconvénients de cette trop facile condescendance, ce ne fut pas toujours assez de son admirable intrépidité.
Devant Belgrade, il en fit la triste expérience.
Mubammed, qui méditait depuis longtemps le siège de Constantinople, allait partir pour l'entreprendre, quand il apprit celui de Belgrade. c< Quoi donc ! » s'écriat-il, avec colère, « encore l'Epire, toujours l'Epire en « travers de mes projets! Ce misérable coin de terre me ce fera-t-il donc manquer des royaumes! » Vainement quelques pachas alors près de lui l'exhortèrent à dédaigner une bicoque, pour ne s'occuper que de sa grande conquête. « Non, non, » leur répondit-il , « Constanti- « nople ne s'enfuira pas; mais si Belgrade m'était en- « levée, peut-être ne pourrais-je plus la reprendre. »
Etaussitôt quarante mille cavaliers sont en route pour Belgrade. Sewali les commandait : a Arrive, » lui avait plusieurs fois répété son maître, « arrive avant que « l'ennemi ne sache ton départ. » Recommandation
certes, bien légitime; c'était la guerre; mais lagaerre n'autorise pas de honteux guet-à-pens : or deux assassins à gages se glissèrent parmi les soldats; l'or devait largement payer le meurtre de Scanderbeg.
Prompt comme la volonjté du maître^ Sewali devança toute rumeur; il ne fut annoncé que par lui-même.
Quellesétaientalorslespositionsdel'arméechrétienne? Scanderbeg, avec mille fantassins et trois mille chevaux^ campait au pied d'une montagne, près delà ville; Tanusios et Musakhi, avec les autres corps, s'étendaient dans une vaste plaine. Des gardes avancées les protégeaient, et vingt-cinq hommes, postés assez loin de Belgrade, sur une haute montagne, devaient, en cas d'alerte, allumer un grand feu. Mais, soit trahison) soit défaut de vigilance, le signal ne fut pas donné, et les Turks, en masse, se précipitant à l'improviste sur Tanusios et Musakhi, les enveloppèrent de toutes parts. Revenus de leur première surprise, les Albanais s'efforcèrent de résister, mais en vain ; un très-grand nombre périrent, Musakhi, entre autres, après des prodiges de valeur.
L'arrivée de Scanderbeg arrêta le carnage. Il serait accouru plus tôt, si les siens ne l'avaient supplié d'attendre le moment favorable. Tel alors qu'un lion enchaîné qui apprête en rugissant ses terribles armes, le guerrier épirole frémissait, bondissait d'impatience. C'est dans ces violentes émotions que sa face subissait d'étranges altérations; alors sa lèvre inférieure se fendait et le sang jaillissait en abondance. Aussi telle fut