‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 87 sur 217 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

la tète; et cette tète, à peine avait-elle une âme.

Dans la pensée des Suleiman, des Murad, la domination ottomane devait, comme une ceinture iriomphalcy longer toute la mer Adriatique; mais cette limite n'a jamais été complètement atteinte : la conquête n'alla pas aussi loin que l'ambition.

L'intrépide résistance des Albanais, des Servions, des Bosniaques, retarda la marche du torrent. Maîtresse de l'Adriatique, Venise étendit sa protection sur les villes maritimes et sur les îles. Raguse et le Monténégro maintinrent leur indépendance. Déjà Baïezid-Ildirim (l'jEclatr, \a Foudre), en 4402, avait assiégé Byzance : mais le terrible Timur étant tout à coup apparu en Galatie, le Sulthan était accouru à sa rencontre, pour se faire vaincre près d'Angourieh S là même où Pompée anéantit Mithridate.

Timur retarda d'un demi-siècle la chute de Constantinople.

Deux fois Murad II avait attaqué cette ville, mais sans succès. Depuis cent années, une telle proie excitait toute la convoitise des Sulthans.

A son avènement, quand les ambassadeurs d'Asie et d'Europe vinrent le complimenter, en sollicitant son amitié, Muhammed II leur répondit avec la plus rassurante modération. Bienveillant même dans son langage, il affecta de ne parler que de la paix et de ses avantages

* Ancyre.

pour tous. Des serments solennels ranimèrent la coiifiance de Tempereur grec. A sa prière, la cour de Byzance gardait Ourkhan, fils véritable ou supposé de Baïezid : Muhammed, pour le payement d'une pension annuelle de trois cent mille aspres, assigna libéralement un riche domaine sur les bords du Strymon ^

Mais de significatifs symptômes ne tardèrent pas à se manifester, et les yeux se dessillèrent ; ses voisins surtout durent s'alarmer. De sévères réformes dans le faste de la cour paternelle, incorporation a Tarmé^ de sept mille fauconniers, jusqu'alors affectés aux chagses , un grand développement de forces militaires , tout révélait les préparatifs d'une ambition prête à éclater. \

Dès la première année de son règne, Muhammed^ suivi d'une imposante armée, parcourut les provinces d'Asie. Vainqueur des Karamaniens, il accepta leur soumission, sans aller plus avant; il lui importait d'être tout entier à l'exécution de son grand projet.

Malheureusement pour les Grecs, leur imprudence hâta l'événement.

Selon certains casuistes musulmans , les fidèles ne pouvant être liés par une promesse contraire aux intérêts de leur religion , le Sulthan était maitre d'annuler ses propres traités et ceux de ses prédécesseurs. Trop magnanime pour user d'un aussi honteux privilège , Murad l'avait loyalement dédaigné. Mais les mêmes

* Aujourd'hui Stroumat ou Kara-Sou.

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