‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 89 sur 217 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

<K j'accumulerai même mes bienfaits sur ta tète. Mais, en c( retour^ il me faut un présent, un trésor sans pareil : c< je veux Constantinople. Tiens, regarde ce lit en « désordre, où je me tords sous le feu qui me consume : c< plus de repos pour moi, plus de sommeil que dans la « capitale des Grecs ! Aide-moi à prendre Constantinocc pie! — Le même Dieu qui t'a donné une si c( grande portion de l'Empire Romain », lui répondit le vézyr rassuré, «net'enrefuserapaslacapitale.Ordonne, « nos vies, nos fortune sont à toi. »

Muhammed II aimait à ajouter au namaz * cette prédiction du Prophète à Eyoub , son porte- étendard : Les « Croyants s'empareront de Constantinople; le meilleur c< prince sera celui qui fera cette conquête, et la meilleure « armée sera la sienne. y> Sur la foi de ces paroles , les Arabes du vu'' siècle tentèrent sept fois, en peu d'années, la prise de Constantinople; Eyoub, qui les avait si souvent répétées, périt, en 672, devant les murs de la ville.

En attendant, pour calmer son impatience et occuper ses menaçants loisirs, le jeune Sulthan faisait ravager le Péloponèse par son lieutenant Tourakhan, et bâtissait à Andrinople le palais de Jehan-Numa {la Guérite du Mondé) ; comme justiGcation dun tel nom, il se plaisait . à lui donner une hauteur prodigieuse.

Dès 1432, six mille ouvriers, dirigés par Muhammed lui-même, avaient construit, en trois mois, sur la rive droite du Bosphore, dans la plaine d'Atomaton, avec la

1 Prière de midi des musulmans.

chaux de Phrygie, les bois des forêts d'HéracIée et de Nicomédie, et les pierres d'AnatoIie, une forteresse que le Sulthan appela Boghaz-Kècén* {Coupe-Gorgé). On lui donna la forme triangulaire; une grosse tour épaulait chacun de ses angles ; l'épaisseur des murs avait vingt-deux pieds; le diamètre des tours, trente. Elle faisait face à Tautre forteresse bâtie par Baïezid, sur la rive gauche du canal. Firouz-Aga en reçut le commandement, avec quatre cents Janissaires sous ses ordres.

De magnifiques églises* situ*ées sur les deux rives, de splendides colonnes de marbre , consacrées à Tarchange Saint-Michel, fournirent aussi des matériaux à Boghaz-Kècény et les chrétiens, qui osèrent se plaindre de ces profanations, furent égorgés : après le sacri-* lége, les martyrs.

1 En turk, Boghaz signifie à la fois gorge et détroit, ou passage dans une montagne, comme port chez les habitants des Pyrénées.

Confondant le mot boghaz (gorge) avec le mot basch (tête), les Grecs crurent que le fort s'appelait Basch-kezen [Coupe-Tête). Ils le désignèrent sous le nom de Aai^xoTraç ( Coupeur des flots ), à cause du bruit des vagues se brisant contre le rocher du promontoire Uerméen.

« Le château d'Europe,— /?oum^/«-f^mar, — nommé aussi Boghash a Kécen (coupe-gorge), fait fort bonne figure sur le revers de la col- « line avec ses tours blanches d'inégale hauteur et ses murailles cré- « nelées. Les trois grosses tours et la petite, qui est près du bord de la a mer, dessinent à rebours, selon récriture turque , quatre lettres , <t M.H.M.D., qui forment le nom du fondateur, Muhammed II.

« Ce rébus architectural , qu'on ne devinerait pas , rappelle le « plan de l'Escurial, représentant le gril de saint Laurent , en rhon-. « neur duquel fut élevé le monastère. On ne s'aperçoit de cette bizar- « rerie que si l'on est prévenu.» (Théophile Gautieb, ConBtantinopk-)

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