‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 90 sur 217 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Constantin ayant adressé au Sulthan quelques récla« mations modérées : « C'est sur le champ de bataille a de Warna, » répondit Muhammed, « que mon père, « Murad II, de glorieuse mémoire, jura d'élever une c( forteresse en face d'Anatolie-Hissar ; ce serment, je ce l'accomplis, Avez-vous, » ajouta-til en s'adressant aux députés grecs, « avez-vous le droit d'examiner ce « qu'il me plaît de faire sur mon territoire? Ces deux « rivages sont à moi : celui d'Asie, parce que les Ottoc( mans l'habitent ; celui d'Europe, parce que vous ne « savez pas le défendre. Allez dite à votre maître que (c le Sulthan d'aujourd'hui ne ressemble point à ses pré- « décesseurs, et que leurs vœux n'allaient pas aussi « loin que va ma puissance.

« Retirez-vous , je le permets. Mais à l'avenir, tout « porteur de semblables messages sera écorché vif. »

A ces sauvages menaces, l'empereur grec répondit en chrétien, comme plus tard il allait agir en héros : « Puisque ni serments ni traités, ni déférences ne ce peuvent assurer la paix, poursuis tes attaques impies: ce en Dieu seul est ma confiance. S'il lui plaît d'adoucir ce ton cœur, je me réjouirai de cet heureux changement ; c( s'il te livre Constantinople , je me soumettrai sans ce murmure à sa sainte volonté. Mais tant que le souverain ce juge des princcyf de la terre n'aura pas prononcé contre ce nous, je dois vivre et mourir en défendant mon peuec pie. »

C'est le vendredi après Pâques, 6 avril 1453 (22 Na-

by l*"", 857), queMuhammed parut devant la ville, arborant rétendard du Prophète, vis-à-vis de la Porte Satn^- Romain (ainsi nommée pour sa proximité d'une église dédiée à ce saint), sur la côte du triangle qui regarde la terre ferme, à l'endroit même où, trente ans aupara* vant,lors du siège de 1423, Murad II avait pris position.

flc Un matin, » dit l'historien Rhodja-Effendi (Saad- Eddyn-Muhammed), « pendant que l'armée lumineuse (( du soleil s'avançait pour s'emparer du château des €c ténèbres; l'avant-garde victorieuse du grand Sulthan (( (Muhammed 11) arriva sous les murs de Constantinocr pie; bientôt l'armée impériale, semblable à une mer c sans limites , et à mille torrents impétueux , se précicc pita sur ses traces et vint assiéger la place du côté de « la terre *. »

L'armée turke s'élevait % avec une immense artillerie, à deux cent cinquante mille hommes environ , parmi lesquels des soldats de toutes les nations, des renégats de tous les pays. Voici comment Muhammed les avait répartis :

Cent mille cavaliers occupaient la partie la plus re-

1 Tadj^al'Tawarikh, Couronne des histoires,

« Ducas évalue le nombre des Turks à deux cent mille hommes ; Phranzès * à deux cent cinquante-huit mille ; Léonard de Khios à trois cent mille; Chalcondyle à quatre cent myie. Mais un témoin, un acteur du triste drame, qui pouvait lui aussi s'écrier douloureusement : Et quorum pars magna fuit, Phranzès, n'y compta que deux cent cinquante mille hommes.

* Voir Noies et pièces justificatives (XII).

Page 1