LIVRE rV
D'un côté, la Proponlide et les contrées qui l'avoisinent, la Chersonèse, la Thrace ; de l'autre, la Troade, l'Asie Mineure, la Bithynie; que de souvenirs!
Resserré entre l'extrémité des montagnes de la Thrace et de la Bithynie, le Bosphore * s'étend en un long canal sinueux, dont les rives peuvent abriter les plus gros vaisseaux. Par l'intermédiaire de celte mer, qui a n'a de noir que son nom » comme l'a dit Tournefort, il reçoit les eaux du revers de l'Asie Mineure, celles du Caucase, du plateau de la Russie et du versant des Alpes, depuis les sources jusqu'à Tembouchure du Danube.
Les vents lui amènent les produits de la Méditerranée et de l'Archipel; les caravanes, les richesses de la Perse, des Indes, du golfe Persique.
Situation vraiment merveilleuse, admirée, convoitée, dès les temps les plus reculés, comme de nos jours. La poésie, en des chants admirables, a dit que la Grèce s'arma contre llion pour châtier le ravisseur d'Hélène, et venger l'hymen outragé; mais l'histoire ne pourrait-elle pas dire aussi qu'en renversant l'empire de Priam, les Grecs brisaient l'obstacle qui leur fermait l'Hellespont?
Que d'expéditions aventureuses, héroïques, depuis celles du navire Argo*, de Xerxèset d'Alexandre, jus-
* BocTTTopoç, passage de bœuf. Le nomme-t-on ainsi parce qu'en effet un bœuf peut le franchir? ou bien est-ce un souvenir d'Io traversant, après sa métamorphose en vache, le Bosphore de Thrace ?
« Cest à cette mémorable expédition de marchands grecs , treize cent cinquante ans avant Tère vulgaire, pour étendre jusqu'au fond
qu*au passage des croisés de Venise et de Champagne, marchant à la conquête de Byzance, et jusqu'à la menaçante inondation des Turks se précipitant sur l'Europe chrétienne*!
Au nord, un petit golfe, dérivation du Bosphore, et nommé autrefois Chrysocéras ', la Corne d*Or, sépare Constantinople de Galata ; c'est un des plus beaux ports du monde. Douze cents vaisseaux y trouvent un mouillage sûr.
Quant au côté du triangle qui, en se courbant, s'étend du nord-est vers le sud-ouest, la Propontide, ou mer de Marmara » le baigne ; elle y forme une rade appelée, du temps des empereurs grecs, le Port de Sophie, le Port des Galères y le Port du Palais impérial, le Port du Bucaléon, parce que, non loin de là se voyait un groupe représentant le combat d'un loup et d'un lion. Par opposition au grand Port situé sur le golfe de Chrysocéras , et nommé Port Intérieur , ce dernier s'appelait Port Extérieur.
du Pont-Euxin leur commerce, (borné dans leur pays, au littoral de la mer Egée et aux îles de TArchipel) expédition si poétisée par Apollonius d'Alexandrie, que Newton fit remonter les observations, bases de son traité de chronologie. Mais la terre fut moins docile au génie du grand homme que Tespace où se meuvent les corps célestes. Voir la Défense de la Chronologie fondée sur les monuments de l'histoire ancienne contre le système chronologique de Newton, par Fréret, Secrétaire Perpétuel de l'Académie des Inscriptions et Bell es- Lettres.
* Michaud et Poujoulat, Correspondance d^ Orient,
* Kpuffoxépoç.
Une seule muraille entourait les deux côtés baignés par la mer, mais une double enceinte le côté tenant au continent. Chaque enceinte était crénelée , munie de tours et , de distance en distance, de portes que flanquaient de forts bastions. La première muraille était moins élevée que la seconde; au dehors, un fossé trèslarge et très-profond, avec revêtement de pierres de taille , en défendait les approches; plus exposé que les deux autres aux insultes de l'étranger, ce côté avait nécessairement dû être plus fortifié. A chaque angle, ou pointedu triangle, se dressait une espèce de château fort.
A la pointe orientale, appelée autrefois VAcropolis, et aujourd'hui Pointe sur Serai y se trouvait le fort de Saint-Démétrius, non loin de l'église consacrée à ce saint: elle donnait aussi son nom au promontoire, comme on appelait Bras de Samt-George , à cause d'une église construite sur le rivage, la mer formant le port; au second angle, que l'on atteint en suivant la ligne du port à la terre ferme, on voyait le CynègioUy (amphithéâtre destiné aux combats d'animaux) aujourd'hui Haiwen-serai et derrière s'élevait le grand palais des Blacher^ nés. De là, en longeant la muraille , double clôture de la ville,ducôtéducontinent,onarrivaità la troisième pointe du triangle où se trouvait le Cyclohion ou Penlapyrgion^ si connu depuiasous le nom de Château des Sept-Tours,
Les murs d'enceinte occupent encore l'emplacement de ceux que, par ordre de Théodose H, le consul Cyrus- Constantin lit construire ; la circonférence en est aussi à
peu près la même. Chalcondyle, en effet, l'évalue à cent onze stades, Gillius à treize milles italiens, et les meilleurs plans modernes à neuf mille huit cents toises. Avec une circonférence de quarante stades, Tancienne Byzance s'étendait du c6té de la terre, jusqu'au Besestany ou Grand-Marché ; l'enceinte de Constantin le Grand n'atteignit pas, sur tous les points du moins, le périmètre actuel. Ce développement n'eut lieu que sous Théodose le Jeune , et durant le règne d'Héracliutr ^ vers 625. Maintenant, la ville a vingt-huit portes, dont quatorze du c6té du port, sept du c6té de la terre^ et autant sur la Propontide ^ Quant aux fortifications^ l'infidélité de deux agents. Manuel Giagari et Néophytus de Rhodes, avait détourné les^ fonds destinés à leur reconstruction ; et telle était l'incurie de ce triste gouvernement, condamné à périr par sa propre ineptie, que d'aussi scandaleuses dilapidations, en présence d'ennemis séculaires, n'étaient pas même réprimées. Lors du pillage de la ville, on retrouva enfouies soixante mille pièces d'or destinées à ce patriotique usage. C'est un légat du pape Nicolas Y, le cardinal Isidore, qui, touché du sort des Grecs, répara, autant que possible, le crime des deux misérables, et fortifia, à ses frais, ces tours d'Anemas où Andronic avait autrefois renfermé son père Jean Paléologue P% ainsi que ses deux frères Manuel et Théodore.
' Maltebrun, Précis de Géographie Universelle. ,