‹ Histoire de Scanderbeg; on, Turks et chrétieus au xv siècleChapitre 94 sur 217 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

raient 9 et, repoussant les ennemis au dehors des murailles, ils rentreraient en possession de leur cité.

Suivant l'autre, qui remonte a des siècles très-reculés, et qu'on attribue généralement à un saint homme appelé Morenus, un peuple armé de flèches devait s'emparer du port de Constantinople, et exterminer toute la population grecque. Il y avait ainsi évidente contradiction entre la première et la seconde; mais la prophétie, n'annonçant qu'un danger passager, était en quelque sorte perdue dans une multitude d'autres beaucoup plus sinistres, qui révélaient le triste sort réservé à la ville, à l'Empire, à la dynastie régnante.

Toutefois, il faut dire, quant aux paroles de Morenus, qu'elles étaient vagues- et applicables non-seulement aux Arabes, aux Persans, aux Turks, mais encore aux Slaves , aux Bulgares, aux Awares , et même aux Francs, aux Latins, aux Grecs, à tous les peuples enfin qui assiégèrent * Constantinopleet se servaient de l'arc*, ,

Mais une autre superstition exerça une influence bien plus funeste encore sur la crédulité publique : des visionnaires ou des traîtres répandirent le bruit qu'il était tombé du ciel un décret ordonnant de laisser entrer les Turks dans la ville; arrivés à la colonne de Justinien, un ange devait les y exterminer tous. Cette prescription s'accordait trop bien avec la pusillanimité de ces masses dégénérées, pour être contestée. Aussi aucun habitant

* y OIT Notes et pièces justificatives {XIU).

« Hammer, Histoire de l'Empire Ottoman, tom. H.

ne voulait-îl s'armer et se réunir à la garnison; la peur appelait cela respecter les arrêts de la Providence!

Dans cette honteuse prostration des cœurs, quelles étaient^ pour résister à ce monde d'ennemis, les ressources de l'Empire réduit au territoire même de sa capitale? Deux mille Génois ^ commandés par le brave Giustiniani, et six ou huit mille Grecs ou étrangers; en forces navales, quatorze voiles. Lors de sa conquête parles Croisés^ en 1204, Constantinople possédait un million d'habitants : deux cent cinquante ans plus tard, il lui en restait tout au plus deux cent mille.

L'Empereur avait ordonné un recensement des citoyens et même des moines en état de prendre les armes : Phranzès , auquel la liste fut remise, eut le chagrin d'annoncer à son maître qu'on ne pouvait compter que sur quatre mille neuf cent soixante-dix Romains!

A d'autres époques, pour envahir ce rempart de la chrétienté, presque tous les princes de l'Europe s'étaient ligués : pour le défendre contre les Turks, nul ne se présenta.

Malheureusement la pusillanimité des empereurs byzantins en face des Sulthans leur avait attiré les mépris de l'Occident. De plus, Frédéric Ilf, triste successeur des Habsbourg, ne songeait qu'à ériger l'Autriche en archiduché. Certes, la puissance ne manquait pas au duc de Bourgogne, Philippe le Bon ; mais soit affaiblissement de l'âge, soit calcul égoïste, le fils de Jean Sans-Peur enfreignit le premier sa promesse for-

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