‹ Histoire de SienneChapitre 10 sur 38 · JACOPO DELLA QUEKCIA. — FONTS BAPTISMAUX DE SAN GIOVANNI, SIENNE · texte numérisé non relu

JACOPO DELLA QUEKCIA. — FONTS BAPTISMAUX DE SAN GIOVANNI, SIENNE

ment après la chaire du Baptistère de Pise ec les fresques de la chapelle Brancacci. Raphaël et Léonard, ainsi que le maître surhumain delà Sixtine, s'inspirèrent de Tenseignementdu sculpteur siennois1. De moins grands artistes, depuis le Sodoma jusqu'à Burne-Jones lui ont emprunté, en les émasculant, ses thèmes, rendant ainsi au vieux maître l'hommage, parfois équivoque, de limitation.

Grâce aux travaux d'érudits comme Cornélius, délia Quercia finit par occuper peu à peu le rang qui lui revient de droit. Son nom n'est plus dorénavant l'objet du seul culte des initiés de la sculpture italienne. Tous ceux qui prennent un intérêt éclairé à l'histoire de l'art italien, commencent à apprécier l'importance de son œuvre, et à reconnaître qu'il joua doublement le rôle d'initiateur et de précurseur, tant dans le retour à l'antiquité que dans le retour à la nature.

Délia Quercia fut le premier sculpteur de la Renaissance qui ait réintroduit dans l'art italien les motifs décoratifs dont des enfants nus, d'un superbe modelé, constituent la note dominante. Donatello et Michelozzo le suivirent de près dans cette innovation. Le premier également, il employa certains autres éléments d'ornementation classique, momentanément perdus pour l'art. Dans ses bas-reliefs aussi, plus que dans ceux d'aucun de ses contemporains, apparaissent l'universalité et la dignité de Tart antique ; leur style est aussi éloigné que possible du pittoresque quelque peu efféminé deGhiberti. D'autre part il ne joua pas un rôle moins important dans le retour à la nature. Nous avons retracé dans notre Fra Angelico le développement du sentiment maternel dans l'œuvre de délia Quercia ; nous avons montré comment ses Madones décèlent une touche toujours plus humaine,

1 Au sujet de l'influence de délia Quercia sur Michel-Ange, Cf. Bode, Florentine Sculplors ofthe Renaissance, Londres, Methuen, 1908, p. 19a.

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qui ne nuit en aucune façon à leur beauté et à leur sainteté. A mesure qu'il avançait en âge, la Madone devint de plus en plus pour l'artiste le symbole de la maternité : nous arrivons ainsi finalement, à Bologne, à l'une des plus touchantes et en même temps des plus poignantes représentations de l'enfance et de la maternité que l'art ait jamais produites.

L'art, comme la nature, ignore la génération spontanée; de plus, de même que rien n'existe qui n'ait été engendré, on ne trouve rien, en art, qui n'engendre à son tour, aucun art, si médiocre soit-il, qui n'exerce une influence. A première vue cependant, on dirait que délia Quercia ne procède d'aucun ascendant artistique et que, dans sa ville natale, ses descendants ne furent ni nombreux ni brillants. Une étude plus approfondie de l'histoire de l'art modifie quelque peu cette impression. En examinant les sculptures de la façade du Dôme de Sienne, nous percevons que, pour s'être formé à Florence, l'art de délia Quercia n'en portait pas moins l'empreinte de sa ville natale, et, dans l'œuvre des artistes qui fouillèrent dans le bois la Madone de San Martino et d'autres statues, nous reconnaissons la main d'élèves qui avaient hérité d'une étincelle du génie de leur maître l. La production de Giovanni di Stefano et de Neroccio di Bartolommeo porte des traces manifestes d'un souvenir intelligent de délia Quercia. Néanmoins, malgré les recherches les plus diligentes, Jacopo reste encore une personnalité mystérieuse et solitaire. Le sculpteur qui, en i4o6, conçut le sarcophage d'Ilaria del Garetto et qui, vingt ans plus tard, groupant autour de lui les pittoresques illustrateurs de Florence, cisela les bas-reliefs de San Petronio, doit

1 L'élève favori de délia Quercia, Pietro del Minella, et ses deux frères, Antonio et Giovanni, étaient sculpteurs sur bois. Nous les considérons comme les auteurs des statues de bois du Quattrocento de S. Martino, à Sienne.

être considéré comme l'un des artistes les plus puissamment originaux que le monde ait vus.

Avec une seule exception, délia Quercia fut le dernier sculpteur de premier ordre auquel Sienne ait donné le jour. Nous rencontrons après lui le style dur, lourd, sans grâce, du Vecchietta, qui semble s'être entiché des défauts plutôt que des qualités de Donatello ; le classicisme de décadence de Federighi, qui réincarne les sculpteurs de la fin de l'Empire romain ; enfin l'œuvre académique, assez dépourvue d'inspiration, de Gozzarelli. Le Marrina est le seul grand maître de l'art plastique que Sienne ait produit au cours du dernier siècle de son indépendance politique.

Nous ne parlerons que sommairement de cette série de sculpteurs postérieure à délia Quercia. Lorenzo di Pietro, dit le Vecchietta (1402-1480), orfèvre, peintre, sculpteur, ingénieur militaire, a laissé un œuvre artistique numériquement considérable, mais pour la majeure partie de qualité médiocre. Ses meilleures créations, en sculpture, sont le tabernacle de bronze, fondu en i/j72 pour la chapelle de l'Hôpital de Santa Maria délia Scala, que Pandolfo Petrucci fit transférer dans la cathédrale, et la statue de bronze du Christ ressuscité qui surmonte maintenant le maître-autel de la même chapelle. Les figures qu'il sculpta pour la Loggia dei Nobili montrent le Vecchietta dans ce qu'il a de moins heureux. Il fut probablement le maître de Francesco di Giorgio, dans l'œuvre duquel la production sculpturale tient de beaucoup la place la moins importante.

De Federighi1 architecte, nous avons déjà parlé; sculpteur, ce fut, comme nous l'avons indiqué, un imitateur intransigeant de la décadence romaine. Son imitation est

1 Dates probables de sa naissance et de sa mort : i4i5-i49Q.

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si serrée que, pendant des siècles, on considéra une de ses œuvres comme un morceau antique véritable. Ses productions les mieux réussies en sculpture se trouvent au Dôme de Sienne. Les fonts baptismaux de la chapelle de Saint-Jean-Baptiste, le socle de Tun des piliers qui flanquent l'entrée de cette chapelle, enfin les bénitiers à l'entrée de la nef, — dans lun desquels il a d'ailleurs incorporé un morceau authentique de sculpture ancienne1, — telles sont les œuvres où il manifeste le mieux ses dons d'artiste plastique. Les statues de la façade de la Loggia dei Nobili (figurant saint Victor, saint Ansanus et saint Savin) et les bas-reliefs du dossier de l'un des bancs de pierre sous la même loggia sont moins heureux ; les figures sont drapées lourdement et confusément. Il nous reste assez de son œuvre pour nous montrer qu'il aurait mieux valu pour lui se confiner, dans la sculpture des figures, au nu : il ne lui manquait ni le sens de la forme matérielle, ni le pouvoir de la rendre ; à sa manière, massive et réaliste, il auraitpu, dans une autre ambiance, connaître des succès considérables et devenir le Signorelli de la sculpture. Mais, vivant dans une ville de province, une ville en outre qui, par suite de sa décadence commerciale, allait toujours en s'appauvrissant, il ne put ^re la pente de son talent. Tout en appréciant ce talent dan- une certaine mesure, ses concitoyens ne lui donnèrent pas l'occasion, par les travaux qu'ils lui confièrent, de pratiquer le genre qu'il aimait. Après avoir usé ses forcés dans un grand nombre d'entreprises au service de I Kt.at, il devait mourir pauvre; il fut en outre contraint draccepter la direction de l'école de sculpture de l'Œuvre

1 Rossi, L'Arte «ene»e iu-A Quattrocento, Conferenze délia Commissione senese distoria patria, nuova série, S B99, p. 58, note. Ro -i rap-

porte que Lisini a trouvé an document prouvant <\u<- la base du bénitier, du

aà de Ih nef, est un morceau de sculpture classique.

Cl. M, il. m

LE VECCHIETTA. TABERNACLE DE BRONZE si li LE MAITRE-AUTEL

DE l.A CATHÉDRALE DE SIENNE

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