MAITRE-AUTEL DE L'ÉGLISE DE F0KTEGIU8TA
I fnai SIENNE
LA SCULPTURE SIEXMOISt JOI
tiste. dans la cathédrale : de celles qui subsistent. « œuvres les plus importantes en sculpture sont la statue de saint Ansanus. qu'il exécuta pour le nouveau Baptistère, et deux anges de bronze destinés au grand autel du Dôme. Cette belle statue du saint siennois prend rang à côté du monument Felici. d Urbano da Cortona. comme l'une des rares œuvres sculptées de réelle importance produites à Sienne dans la seconde moitié du Quattrocento ; mais le meilleur titre de gloire de Giovanni di Stefano est d'avoir été le maître de Lorenzo di Mariano. dit le Marrina. un des plus grands sculpteurs de son temps.
Fils d'un orfèvre de Sienne, Lorenzo vit le jour en 147G et fit son apprentissage dans l'atelier de l'Œuvre de la cathédrale, que dirigeait alors Giovanni di Stefano et dont il devait, à trente ans, devenir lui-même capomaestro. Entre temps.il se ménagea la protection des Piccolomini qui lui commandèrent en ijo4 la décoration d'une de leurs chapelles à San Francesco : il exécuta ainsi un autel et des graffiti pour le pavement, dont les sujets étaient les quatre vertus cardinales : la Justice, la Tempérance, la Prudence et la Force '. Quatre ans plus tard, il sculpta les chapiteaux des colonnes de la cour du palais Piccolomini et d'autres ornements du même édifice ; toujours pour le compte de la même famille, il exécuta aussi le portail de la Bibliothèque de la cathédrale. En 1 317. il termina son chef-d'œuvre, le retable de l'église de Fontegiusta ; en 1322. le superbe retable Marsili à San Martino. A cette période appartient également l'encadrement sculpté d'un autre autel, au couvent de San Girolamo.Le Marrina travaillait la terre cuite avec autant de bonheur que le marbre. Il modela ainsi une Annonciation pour
1 Toti, La chlesa di S. Francesco ed i Piccolomini [Bull. Sen. distor. pair., ann. i, fasc. I-II, p. 92.
3o2 HISTOIRE DE SIENNE
le couvent du Paradis1. Sa dernière œuvre certaine est le banc de marbre qui se trouve encore à gauche de la Loggia dei Nobili, dans l'exécution duquel il fut secondé par Michèle Gioli et qu'il n'acheva d'ailleurs pas2. Le Marrina mourut en i534.
Sa plus grande création est l'autel de l'église de Fontegiusta. Sous un arc superbement décoré, au-dessus de l'autel, un bas-relief représente le Christ sortant du sépulcre : Jésus s'éveille à peine du sommeil de la mort; il est soutenu par trois anges dont l'égale beauté de conception et d'exécution indique l'influence de Luca délia Robbia, avec toutefois un sens plus pénétrant et plus subtil de la beauté de la forme.
Le bas-relief s'encadre d'un ensemble architectural somptueux où s'épanouit librement le talent consommé de l'artiste, comme décorateur. Les pilastres avec leurs arabesques charmantes, la frise ornée de putti et de griffons en haut-relief, les anges aux deux angles laissés par l'arc, dénotent une maîtrise parfaite de la sculpture ornementale ; c'est avec raison que Perkins qualifie cet autel « un des plus beaux spécimens Renaissance d'Italie ». Le portail de la Bibliothèque Piccolomini l'égale presque en décoration architecturale. Nous y admirons la même imagination débordante, le même don heureux de composition, la même technique raffinée.
Malgré l'éloge que lui a décerné Perkins, le Marrina reste l'un des génies de la Renaissance que l'on est loin d'estimer à leur valeur : les histoires de la sculpture italienne ne lui accordent souvent qu'une mention sommaire et, pour beaucoup de critiques et de connaisseurs, ce n'est qu'un nom ; pourtant on ne trouve chez nul sculp-
1 Arch. di Stato, Sienne, Carte del Convento del Paradiso, Reg. B-XXXII, c. 161, 178.
2 Milanesi, Documenti, vol. III, pp. i36-i37.
LA SCULPTURE SIENXOISE
teur du Cinquecento un sentiment plus moderne, nul ne récompense mieux votre étude. A vrai dire, Lorenzo possède bien une petite cour d'ardents admirateurs : plus d'un matin de printemps ou d'automne on peut voir, à Fontegiusta ou San Martino, un étudiant d'art, de passage à Sienne, noter avidement ses motifs. Son influence est même déjà plus répandue qu'on ne le pense, car le Marrina est un artiste à qui il fait bon emprunter ; elle ne fera que s'étendre davantage.
Sienne, jusqu'à la perte de son indépendance, n'enfanta plus après le Marrina aucun sculpteur de quelque envergure. L'histoire de la sculpture siennoise se termine avec lui, et, comme celle de la vie politique de la ville, elle s'achève glorieusement.