‹ Histoire de SienneChapitre 20 sur 38 · III. — PINTOKICCHIO, LE SODOMA ET LES DERNIERS PEINTRES SIENNOIS · texte numérisé non relu

III. — PINTOKICCHIO, LE SODOMA ET LES DERNIERS PEINTRES SIENNOIS

Bernardino Betti, dit Pintoricchio, est le premier des deux artistes étrangers qui firent évoluer l'école siennoise. Le 29 juin i5o2, il signa un contrat avec le cardinal Francesco Piccolomini, par lequel il s'engageait à exécuter en fresque dix « Histoires » commémorant des épisodes de la vie de son oncle, le pape Pie II, dans la bibliothèque de la cathédrale de Sienne. Son travail fut interrompu en ioo3 par la mort du prélat qui venait, trois semaines auparavant, d'être élevé à la papauté sous le nom de Pie III ; d'autres événements retardèrent encore l'achèvement de cette grande entreprise. Au cours de l'une de ces interruptions forcées, Pintoricchio peignit le portrait d'Alberto Arringhieri, à la chapelle Saint- Jean dans la cathédrale de Sienne et dessina la Fortune du pavement de cet édifice : lors d'une nouvelle interruption, il décora le chœur de Santa Maria del Popolo à Rome. Dès les premiers mois de i5o6, il se remit à l'œuvre dans la Bibliothèque Piccolomini et continua à y travailler jusqu'à complet achèvement.

Au printemps de i5o8, Pintoricchio se rendit à Spello ; mais, après un second séjour à Rome, il revint à Sienne en i5og. Étant alors entré dans l'intimité de Pandolfo Petrucci, celui-ci lui commanda trois fresques pour son nouveau palais, près de San Giovanni ; ce furent ses dernières, et il n'en subsiste qu'une, aujourd'hui à la National Gallery ; l'ironie du sort a voulu que ce fût le Retour d'Ulysse, et la femme de l'artiste, Grania, ne ressemblait

LA PEINTURE SIENNOISE 3j3

guère à Pénélope : Tizio, qui connut bien le pauvre Bernardino Betti, raconte qu'il mourut de faim, par suite du dénuement complet où elle le laissait, malade, pour aller coqueter avec son galant.

La tâche que lui avait confiée le cardinal donna à l'artiste l'occasion de déployer les qualités maîtresses de son art : l'amour du paysage, hérité du Pérugin, le goût des architectures d'arrière-plan très fouillées, enfin de grands dons d'illustrateur. Ces « Histoires » en couleur mettent en scène les principaux événements de la vie de Pie II : son départ pour le concile de Bâle, son séjour en Ecosse, son couronnement comme poète de la Cour par Frédéric III, sa mission auprès d'Eugène IV, la première entrevue de Frédéric et d'Eléonore de Portugal, yËneas recevant le chapeau de cardinal, son élection à la papauté, la diète de Mantoue, la canonisation de sainte Catherine de Sienne, l'arrivée du pape à Ancône. Dans le bas côté de la cathédrale, au-dessus de l'entrée de la bibliothèque, Pintoricchio peignit aussi une fresque commémorant le couronnement de son protecteur, Pie III.

L'espace nous manque pour discuter à fond la question de savoir si Raphaël collabora à la composition des plus anciennes fresques de la série : qu'il nous suffise d'exprimer la conviction que l'on n'a jamais réfuté d'une manière satisfaisante les arguments de Schmarsow. Nous estimons que les dessins des Offices et de Pérouse sont de la main de Raphaël et que Pintoricchio les utilisa au cours de son travail à la Bibliothèque, pour les première et cinquième fresques. Les différences entre les fresques et les dessins semblent indiquer que les esquisses de Raphaël ne sont pas de simples copies à l'encre de ces fresques, mais des études que l'aîné des deux maîtres adapta et. dans son esprit, améliora.

Une des dernières biographies de Pintoricchio1 a réussi à discuter son œuvre avec calme, sans parti pris, sans louange ni blâme exagérés. La lecture de tout ce qui a été écrit sur l'élève de Fiorenzo fait apparaître la difficulté d'une pareille tâche. Ses compositions sont encombrées de personnages ; ses teintes souvent opaques, défaut qui provient en partie d'un emploi trop abondant de couleurs à sec. Il gâte l'effet dramatique de certaines scènes par l'importance exagérée qu'il donne à des détails étrangers au sujet et par une application trop soigneuse à les rendre. Mais, lorsqu'on a épuisé toutes les critiques, la Bibliothèque de la cathédrale de Sienne n'en possède pas moins, sans contredit, l'une des décorations intérieures les plus superbes qui existent dans le monde entier.

Toute grande décoration murale, dont le motif ornemental admet la perspective, doit donner la sensation d'augmenter les dimensions de la salle, chacun de ses panneaux doit paraître s'ouvrir, comme une porte ou une fenêtre, sur une salle voisine ou sur la campagne ; d autre part les personnages, dans chaque composition, doivent rester dans leur cadre sans nous donner l'impression de gêner le moins du monde notre absolue liberté de mouvement; or les fresques de Pintoricchio remplissent parfaitement ces conditions. Les personnages gracieux, de bon ton, et généralement magnifiquement habillés, qu'il représente, manquent assurément de vigueur dans le modelé, mais l'artiste sait rendre les formes avec assez d'habileté pour leur donner à nos yeux de la réalité, si nous ne laissons pas nos regards s'attarder sur eux trop longtemps, et si nous ne les scrutons pas de trop près. Il y en a trop, à vrai dire, et leurs vêtements sont souvent de nuance un peu crue : au milieu de ces

1 Miss E. March-Phillips : Pintoricchio, Great Masters Séries, Londres. G. Bell and Sons. 1901.

PINTORICCHIO. — DEPART D .EXEAS SYLYIUS PICCOLO.MIM POUR LE CONCILE

DE BALE Bibliothèque Piccolomini, Sienne.

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