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ARCHITECTURE A SIENNE

opérai cisterciens les amena ultérieurement à modifier ce mode de décoration aux piliers du chœur et du transept : ils espacèrent davantage les bandes de marbre noir, de manière à ne plus leur faire occuper que le cinquième de la hauteur totale. Fait digne de remarque, on ne relève dans la cathédrale de la ville natale de Duccio que peu de traces d'une influence directe de Byzance.

L'extérieur du Dôme actuel présente un aspect plus gothique que l'intérieur, mais cette impression est due principalement à l'effet produit par des parties de l'édifice ajoutées ultérieurement, surtout le chœur et la façade, de date beaucoup plus récente que l'église primitive.

Cet examen trop rapide de la structure et de la décoration de l'ancienne cathédrale suffit pourtant à démontrer l'erreur des auteurs qui, à la suite d'Enlart, ont affirmé, ou considéré comme un fait acquis, que l'église de San Galgano avait servi de modèle à la cathédrale de Sienne et que le premier architecte de cette dernière fut un moine de l'abbaye cistercienne. Cet architecte ne possédait en réalité aucun des dons propres aux constructeurs français : tout en péchant par cette absence de faculté édificatrice qui caractérise d'une façon si marquée les architectes médiévaux de la péninsule, il trahit ce goût bien italien de la richesse décorative intérieure. A s'appuyer sur des considérations de style, il nous paraît probable que l'architecte qui dressa les plans fut quelque artiste du nord de l'Italie, soumis pendant son apprentissage à l'influence de Pise et qui emprunta certains traits gothiques au monastère voisin de San Galgano, sans toutefois en pénétrer complètement les principes d'architecture.

Après l'achèvement en 1267, un demi-siècle s'écoula avant qu'on mît en train aucun travail architectural important se rattachant au Dôme. Giovanni Pisano occupa l'em-

ploi de capomaestro de 1284 à 1298, mais il ne subsiste aucune trace de son passage dans cette fonction. Durant la deuxième décade du xrve siècle s'ouvre au contraire une nouvelle époque d'activité architecturale. Les Siennois s'avisèrent que leur cathédrale n'était pas digne d'une cité aussi fière et opulente que la leur : les villes voisines, Florence et Orvieto, avaient entrepris l'érection d'églises de plus vastes dimensions ; les habitants de la cité de la Vierge, ne voulant pas se laisser éclipser par leurs rivaux, commencèrent par projeter des additions à l'édifice existant : ils décidèrent de bâtir un nouveau baptistère — le vieux baptistère s'élevait à droite de la façade — et d'agrandir le Dôme en lui adjoignant un chœur spacieux. En i3i5, approximativement, on posa la première pierre de l'église actuelle de San Giovanni, à l'est de la cathédrale, en contre-bas ; et bientôt on entreprit de construire un chœur au-dessus de cette nouvelle église, dont les voûtes servirent ainsi de support au nouveau bâtiment.

En i3i6, alors que Camaino da Crescentino occupait les fonctions de premier architecte l, les fondations de la façade de San Giovanni étaient déjà posées : ainsi que l'ancien baptistère, on considérait San Giovanni comme faisant partie intégrante de la cathédrale2.

La nouvelle construction n'était pas encore très avancée3 qu'une commission d'experts, à la tête desquels se trouvait Lorenzo del Maitano, principal architecte de

1 Le Dr Lusini écrit à tort que ïino di Camaino, le grand sculpteur, était alors architecte en chef; son père occupa ce poste jusqu'en i3ic), moment où Tino lui succéda pendant quelques mois. Cf. Lusini, // San Giovanni di Siena e i suoi Restauri, Florence, Alinari, 1901, p. 11, n. 1.

2 Frammento di una cronachetta senese (Bibl. corn., Cod. C. VI, 12) publ. par Lisiui et Mengozzi (Sienne, Sourds-muets, 1893), p. a3.

3 iy[mc ftichter suppose à tort que le chœur fut terminé sous Camaino. Cf. Richter, Siena, Berlin, Seemann, 1901, p. 37.

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la cathédrale cTOrvieto et l'un des plus grands artistes que Sienne ait jamais produits, la jugea peu solide1. Les architectes consultés conseillèrent aux citoyens d'édifier une nouvelle église « belle, grande et magnifique, bien proportionnée en longueur, en hauteur, en largeur et dans toutes ses parties », projet qui ne fut pas tout de suite adopté. Pendant dix-sept ans le parti politique qui soutenait le plan opposé, consistant à ajouter à l'église primitive malgré les imperfections signalées, triompha encore2. Enfin, le 23 août i33c), les citoyens décidèrent d'ériger une vaste cathédrale qui aurait pour transepts la nef et le chœur de l'ancienne. Lando di Pietro, architecte siennois distingué, d'abord orfèvre de son métier, qui avait ciselé la couronne impériale du héros de Dante, Henri VII, fut appelé de Naples, où il travaillait pour Robert d'Anjou, pour remplir les fonctions d'architecte en chef. La première pierre de l'immense nef qui devait s'élever au sud de l'ancienne cathédrale fut posée solennellement en février i34o.

Avec le temps, les plans subirent des modifications considérables. Le travail commencé, on s'avisa que l'on pourrait incorporer à la nouvelle cathédrale la plus grande partie de l'ancienne et qu'il suffirait de transformer ou de reconstruire la lanterne et d'abattre le campanile. Toutefois les opérai finirent par s'apercevoir que leur plan était irréalisable. Ils résolurent alors de démolir toute l'église du xiiie siècle et d'élever un édifice entièrement nouveau. On laissa cependant debout la vieille cathédrale, et tous les efforts de l'Œuvre se concentrèrent sur les travaux de la nouvelle nef. Au début, ceux-ci avancèrent rapidement : même la grande peste de i348 qui emporta la

1 Ceci se passait en i3a2. Cf. Milanesi, Documenti, etc., vol. I, n° 34, pp. 186, 187.

2 Milanesi, Documenti, etc., vol. III, p. 275.

majeure partie des habitants, n'arrêta pas la construction ; mais les ravages des mercenaires et la fréquence croissante des luttes des factions appauvrirent les Siennois et absorbèrent des énergies qui auraient dû être employées à des œuvres d'utilité publique. La construction languit. Le découragement des opérai s'accrut lorsqu'ils découvrirent qu'une moitié du nouvel édifice menaçait de s'écrouler : les piliers étaient trop faibles pour soutenir le faix des voûtes, et les architectes florentins que les autorités siennoises consultèrent dans leur embarras, leur conseillèrent de démolir les portions dangereuses et de les reconstruire. L'architecte en chef du Dôme, Domenico d'Agostino, et son second, Niccolo di Cecco, opinèrent en outre pour laisser subsister l'ancienne cathédrale et achever le chœur au-dessus de San Giovanni1, affirmant que la nouvelle cathédrale prendrait cent ans à construire, tandis que le travail proposé par eux n'en demanderait que cinq2 ; ils ne poussaient d'ailleurs pas leurs compatriotes à renoncer à l'espoir d'achever la nouvelle ; ils les pressèrent au contraire de la continuer « pour l'honneur de Dieu, et de sa Bienheureuse mère la Vierge Marie et du Bienheureux saint Jean- Baptiste ».

Le magnifique projet des Siennois n'en était pas moins condamné ; les jours de grande opulence et de gloire étaient passés pour Sienne. En juin i3d7, les Douze décidèrent de faire abattre les parties dangereuses du nouvel édifice : dès lors, on ne parla plus de terminer l'immense basilique conçue par Lando di Pie tro. Les Siennois se contentèrent d'agrandir et d'embellir la vieille cathédrale.

1 Milanesi, Documenti, vol. I, n° 57, p. 1S2.

2 Neri di Donato (Cronica, dans Muratori, Rer. ltal. script., t. XV, c. 218) rapporte que le chœur fut achevé en août 1370.

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PORTAIL LATÉRAL DE LA GRANDE NEF COMMENCÉE EN i >',<>. MAIS INACHEVÉE

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