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FAÇADE DE LA CATHEDRALE DE SIENNE

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Conformément au plan proposé par Domenico d'Agostino etNiccolo diCecco, ils complétèrent le chœur entrepris au-dessus de San Giovanni et l'achevèrent en 13701. La môme année, ils dégagèrent le terrain en avant de l'ancienne façade, en déplaçant la loggia du palais épiscopal que Ton avait élevée tout près d'elle2 : ils ne semblent pas avoir eu d'abord d'autre objet que d'augmenter les dimensions de la place devant la façade occidentale, de manière à disposer d'un plus grand espace pour exposer les reliques de la cathédrale3; mais, au cours des trois années suivantes, ils adoptèrent un projet beaucoup plus ambitieux : ils décidèrent d'allonger la nef* par l'adjonction de deux travées et d'édifier une nouvelle façade « du côté regardant l'hôpital, là où s'élevait jadis la loggia de l'évêqueà ». Il n'est pas douteux que la cathédrale fut agrandie pendant les années 1374 à 1377; Neri di Donato le déclare formellement : les deux baies les plus à l'ouest diffèrent en plusieurs points importants du reste de la nef; en outre, la couverture d'un des registres relatifs à l'administration de l'Hôpital, aux

1 Neri di Donato, Cronica, éd. cit., c. 220. Cf. aussi Arch. di Stato, Sienne, Libro dei Regolatori, 1367-1377, fol. 2001 et suiv. — Le chevalier A. Lisini a, le premier, remarqué cette inscription, que Mme Richter a reproduite ensuite. Chose curieuse, aucun des auteurs qui ont traité de la façade de la cathédrale de Sienne ne connaissait cette inscription ; ils ignoraient également que les renseignements importants qu'elle contient se trouvaient déjà dans la chronique, pourtant publiée, de Neri di Donato.

2 On trouvera à l'appendice I tous les passages de Neri di Donato qui éclairent l'histoire de la façade, la reproduction exacte de l'inscription au Libro dei Regolatori de 1 367-1377, et trois autres documents se rapportant à la façade.

8 Neri di Donato, Cronica, éd. cit., c. 220.

* Neri di Donato, Cronica, éd. cit., c. 241.

p Nardini-Despotti dans son livre II sistema tricuspidale e la Facciata dei Duomo di Firenze (Livourne, 187 1, pp. i34-i38) a le premier démoli la théorie attribuant à Giovanni Pisano la façade du Dôme, de même que le chevalier A. Lisini a le premier démontré péremptoirement que la façade actuelle est postérieure à 1370. Cummings (op. cit., vol. II, p. 180) se borne à reproduire l'opinion traditionnelle.

archives de Sienne, qui représente grossièrement l'ancienne cathédrale, nous montre celle-ci non seulement avec une façade différente, mais encore avec une nef sensiblement plus courte.

En 1377 les deux nouvelles baies étaient terminées ; Bartolommeo di Tommè, ainsi que Giacomo di Buonfredi et d'autres sculpteurs travaillaient aux statues et à l'ornementation de la façade. Trois ans plus tard, leur œuvre devait toucher à sa fin, car nous lisons qu'en i38o, l'artiste Andréa Vanni, l'ami de sainte Catherine, reçut une petite rémunération pour avoir « peint le visage et les mains de Notre-Dame et de son Fils » et des autres personnages sur la façade regardant l'Hôpital, à l'occasion de la fête de l'Assomption.

Les architectes de la façade occidentale de la cathédrale prirent pour modèle le chef-d'œuvre de l'un des plus grands artistes siennois, Lorenzo del Maitano, la superbe façade d'Orvieto ; mais leur œuvre reste très inférieure à l'original, tant au point de vue de l'ordonnance que de la décoration \ Des causes diverses de cette infériorité, la principale réside en ce que la façade de Sienne ne fait pas si intimement corps avec l'édifice que celle de la cathédrale d'Orvieto. Ainsi, à Sienne, les tympans des trois portails sont de hauteur et de largeur uniformes ; à Orvieto, au contraire, le portail central, plus ample et plus noble que les deux autres, souligne l'importance plus grande de la nef par rapport aux bas côtés. En outre, à Sienne, il n'y a guère d'harmonie entre les étages supérieur et inférieur de la façade, tandis qu'à Orvieto, l'ensemble est mieux proportionné et coordonné.

1 M. Cummings, ignorant que la façade d'Orvieto est de soixante ans antérieure, la considère comme une copie améliorée de celle de Sienne. Toutefois la comparaison qu'il établit entre elles dénote une faculté d'observation très pénétrante et un sens critique remarquable.

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La décoration des deux façades diffère, aussi, considérablement. A Sienne, elle pèche par l'abus de l'ornementation sculpturale, abus qui fait ressortir d'autant plus mal à propos le vide de la rose centrale, entièrement dépourvue de remplages. A Orvieto, on y recourut plus sobrement, sans compter que le genre de sculpture même diffère dans les deux édifices. Lorsque Lorenzo del Maitano dessina la façade d'Orvieto, l'influence de l'école pisane se faisait encore pleinement sentir, à Sienne comme ailleurs : Maitano appartenait personnellement à l'atelier de Giovanni Pisano ; aussi, à Orvieto les ornements sculptés consistent-ils surtout, comme dans les églises pisanes, en bas-reliefs. A Sienne, cinquante ans plus tard, les influences françaises agissaient directement et avec force : nous constatons par suite dans la décoration de la cathédrale, au lieu de bas-reliefs, une profusion de personnages où nous relevons le souvenir des imagiers septentrionaux. D'autre part, on embellit de bonne heure la façade d'Orvieto de nombreuses mosaïques la recouvrant comme un somptueux manteau1; à Sienne, on ne décora en couleurs que les gables de la façade occidentale2.

La façade du Dôme de Sienne ne laisse pas de produire de l'effet, mais son ordonnance est imparfaite au point de vue structural et, au point de vue décoratif, elle ne respire ni le calme ni la dignité. Pourtant elle renferme assez d'éléments de pure beauté pour procurer au voyageur le plus blasé une réelle jouissance, mais c'est une beauté dont on se rassasie, dont on se lasse vite. L'ensemble

1 Différents auteurs ont considéré comme acquis que la façade d'Orvieto n'avait pas subi de modifications importantes depuis le xiv'; siècle. Ceci est cependant inexact. Elle a subi des changements structuraux en 1371 et en i45o-5i. Cf. Nardini-Despotti, Lorenzo del Maitano e la facciata del Duomo d'Orvieto, estratto dall'Arch. stor. dell'Arte, Rome, 1891.

2 Les touches de mosaïque rouge de l'encadrement primitif de la rose sont si petites qu'on devait à peine les remarquer.

réalise un tour de force artistique brillant mais qui ne satisfait pas les aspirations esthétiques de l'âme.

L'intérieur de la cathédrale est plus attrayant que l'extérieur. A midi cependant, par un éclatant soleil d'été, en août par exemple, mois où les dallages incrustés sont à nu, son aspect, malgré sa splendeur, est un peu bizarre; il vaut mieux l'admirer au coucher du soleil : alors l'antithèse violente et continuelle du blanc et du noir s'atténue, la chaire de Niccola Pisano, le tabernacle du Vecchietta, la fresque de Pintoricchio, le portail du Marrina, et tous les beaux morceaux d'art se retrouvent à leur place dans le plan d'ensemble de la décoration. Le contraste monotone s'adoucit ; un semblant d'harmonie, dont un brun chaud forme la dominante, se substitue à lui.

La cathédrale de Sienne, avec sa bizarrerie, est un symbole, le symbole pathétique de la vie d'un peuple. Les restes inachevés de la grande cathédrale incarnent la République. La vieille église qui précéda la grande nef et survécut à celle-ci, devenue une simple ruine, personnifie la ville de Sienne, et nous trouvons gravé à l'intérieur de ses murs et sur ceux-ci, le récit de ses espérances, de ses émotions et des nobles aspirations d'une race dont le caractère abonde en contrastes sinon réels du moins apparents. Sensuel et mystique, sagace et pourtant enclin à une aimable folie, nourrissant une foi enfantine dans la tradition et la légende, et pourtant affranchi des conventions et jaloux de sa liberté, passionné dans l'amour comme dans la haine, ce peuple étrange a exprimé ici son âme dans la pierre.

« Fermez les portes de la ville, répliquait un duc de Toscane lorsqu'on le priait de construire à Sienne un asile d'aliénés, fermez les portes de la ville et voilà votre maison de fous toute faite. » Le sarcasme du duc n'était

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pas complètement injustifié : il y a quelque chose dans le tempérament siennois, qu'une race douée d'un sens pratique aussi aiguisé que les Florentins devait considérer assez naturellement comme une touche de faiblesse mentale ; cette disposition se manifeste, à notre avis, dans la cathédrale : celle-ci nous paraît en effet l'expression d'un tempérament non complètement sain, ne jouissant jamais d'une parfaite harmonie intérieure, et pourtant brave, sympathique et aimable.

Il n'y a guère à dire ici de l'histoire ultérieure de la cathédrale. La belle façade orientale, celle du Baptistère, fut édifiée peu d'années après celle de l'ouest, d'après les dessins du peintre Giacomo di Mino di Neri del Pelliciaio, dessins que l'on peut voir encore à l'Œuvre de la cathédrale. Le petit baptistère, à l'angle nord-ouest du transept septentrional, fut bâti par Giovanni di Stefano en 1482. La bibliothèque Piccolomini, dont nous parlerons plus au long dans un prochain chapitre, date de i4Çj5. La seule addition postérieure de quelque importance est la Cappella del Voto, construite pour abriter la vieille Madone de Sienne, celle devant laquelle priaient les Siennois la veille de la bataille de Montaperti ' ; contiguë à l'angle sud-ouest du transept méridional, elle fut érigée en 166 1 sur Tordre d'Alexandre VII.

Parmi les autres églises de Sienne, aucune, sauf peutêtre San Domenico, San Francesco, San Sebastiano 2 et Santa Maria délie Nevi, ne revêt une réelle importance architecturale. Chacun des grands ordres prêcheurs éleva, au xme siècle, une église à Sienne. Celle de San

1 L'identité de la Madonna del Voto et de la Madonna degli Occki Grossi n'est plus douteuse maintenant. Cf. Mise. Stor. Sen., vol. I (i8g3), n° i, pp. 10 et 11.

2 San Sebastiano, de Valle Piatta, sert maintenant de chapelle à la Contrada délia Selva.

Francesco fut construite par les Franciscains dans les dernières années de ce siècle, dans le style semigothique en faveur en Italie à cette époque. Il fallait aux ordres prêcheurs des églises susceptibles de contenir de grands auditoires et néanmoins peu coûteuses; il importait en outre d'éviter autant que possible, dans leur construction, les supports isolés risquant de dérober le prédicateur aux yeux d'une partie des fidèles. L'architecte de San Francesco réussit à satisfaire à ces exigences, mais non à construire une belle église. Plus tard, les plus grands peintres et sculpteurs siennois en ornèrent richement l'intérieur ; malheureusement nombre de leurs œuvres périrent dans un incendie qui détruisit partiellement l'édifice en i655 ; enfin le mauvais goût du xvme siècle acheva la ruine commencée au xvne. Restauré à grands frais du vivant de la génération actuelle, San Francesco est maintenant l'objet d'une vive admiration de la part des Siennois.

Les Dominicains se contentèrent d'abord d'un édifice beaucoup plus modeste. En 1220, ils commencèrent à élever une église sans prétention sur le versant de la colline de San Prospero, dominant Fontebranda ; mais, dans les dernières années du xve siècle, ils décidèrent d'en construire une beaucoup plus vaste, égale en dimensions à celle de l'ordre rival près de la Porte Ovile. L'ancienne église, renforcée de contreforts massifs, servit de fondations à la portion orientale du nouvel édifice. L'architecte, Domenico Ginquini, comme celui qui avait construit San Francesco, fut requis de bâtir « la plus grande église possible, avec le moins de frais possible ». Il dut aussi renoncer à employer des piliers massifs susceptibles de nuire, dans une certaine mesure, au but de l'édifice, en tant que lieu de prédications. Quoiqu'en pleine floraison delà Renaissance, il adopta le style semi-

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gothique de ses prédécesseurs » et, sur un emplacement présentant de nombreuses difficultés, il réussit à édifier une église vaste, sans prétentions esthétiques mais bien adaptée à son objet2.

11 n y a guère à dire touchant l'architecture religieuse de Sienne pendant la Renaissance. Deux des plus grands architectes de cette époque, Francisco di Giorgio et Baldassare Peruzzi, étaient siennois, mais, bien qu'ils aient peint des tableaux pour leur ville natale et dessiné ses fortifications, ils n'élevèrent dans ses murs aucune église. L'artiste consommé qui bâtit Santa Maria del Calcinaio sur les pentes tapissées d'oliviers de Cortone couronnée de tours, n'a laissé dans sa patrie aucun monument de son génie architectonique3. Le plus bel édifice religieux de Sienne, de l'époque de la Renaissance, est la petite église Santa Maria délie Nevi, construite par ordre de Giovanni de' Cinughi4, évêque de Pienza, en 1470 ; le plus grand est celle des Servi di Maria, qui décèle de fortes influences florentines, et fut probablement conçue par un admirateur local de Brunelleschi. L'influence du même architecte se remarque dans la petite église de San Sebastiano de Valle Piatta, église

1 Le Palais Marsili, rebâti en 1/439, est un second exemple de bâtiment de la même période entièrement gothique de style. Toutefois la coexistence de ces deux monuments, San Domenico et le Palais Marsili, ne justifie pas les conclusions excessives que l'on a formulées touchant la prédilection prolongée des Siennois pour le style gothique. En effet, de ces deux édifices, l'un n'est qu'une copie et l'autre l'agrandissement d'une construction existante.

2 Misc.Stor. Sen., vol. III (i895), p. 58.

3 Le Palais Constantini est peut-être son œuvre. Le Professeur Rossi attribue aussi les plans de l'église de la Madonna délie Nevi à Francesco di Giorgio, mais nous ne connaissons aucun témoignage corroborant cette supposition. Francesco di Giorgio suréleva la toiture de l'église San Francesco en 1482, mais ne modifia pas autrement l'édifice. Cf. Borghesi et Bauchi. op. cit., Sienne, Torrini, 1898, p. a58.

* Les Cinughi, vieille famille siennoisc, se rattachaient à la maison florentine desPazzi. Cf. Mise. Star. Sen., vol. I (i8g3), p. 169.

des Enfants-Trouvés, qui sert aussi de chapelle à la Contracta délia Selva et fut bâtie à la fin du xve siècle par Girolamo di Maestro Domenico Ponsi. Son intérieur agréable, en forme de croix grecque, évoque de plus nobles constructions : la chapelle des Pazzi à Santa Croce de Florence, et Santa Maria délie Garceri, l'œuvre magnifique de Giuliano da Sangallo à Prato.

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